Musique Waxidermiste6 min de temps de lecture

© DR Lawkyz
Tout le monde connaît, ou a déjà entendu parler de, la profession de taxidermiste, mais peut-être pas de celle de “waxidermiste”… Avec la méthode dite d’empaillage, le taxidermiste prolonge l’amour(?) que portent certains humains aux pauvres bêtes qui les ont accompagné pendant quelques années ; une technique également utilisée pour des trophées de chasse (pas toujours légales), de quoi faire le bonheur de quelques idiots certains que la meilleure façon de dépenser leur argent est plus classe si elle appartient au XIXe siècle… Hormis les clichés et les goûts et les couleurs, le boulot de taxidermiste demande de la précision et de la délicatesse, sans quoi on court vite à la catastrophe

 

Pour Lawkyz (producteur, DJ, musicien, beatmaker, digger et créateur du “waxidermist”), le savoir-faire est certes différent mais tout autant essentiel pour que le résultat soit à la hauteur. Ainsi, selon les projets, l’artiste fige ses sons (et ceux des autres) sur vinyles, prolongeant l’existence d’une oeuvre musicale dans le temps. La contraction de son joli jeu de mots emprunte aux Anglais le terme Wax (utilisé pour désigner le vinyle), et le tour est joué, son histoire prend vie :

 

« The Waxidermist est un personnage mystérieux qui kidnappe les Beatmakers et les diggers de sons quand ils trouvent LE sample ultime… C’est un peu comme si Le Waxidermist donnait une seconde vie aux vinyles oubliés. C’est un peu ce que je fais en tant que Beatmaker, Beatdigger… »

 

© DR Lawkyz

The Waxidermist est donc un EP signé Lawkyz. Comme pour beaucoup de ses semblables, la passion s’empare de lui assez tôt. À sept ans le bonhomme est déjà très actif, il fait du piano et écoute beaucoup de musique sans savoir qu’un jour il en fera son métier. Il a cette curiosité pour découvrir des sons sans se soucier des styles, une habitude encore présente aujourd’hui. Après avoir passé de nombreuses années à travailler pour les autres, ou au sein de son groupe Versus, l’envie de construire un projet personnel avec des proches le pousse à entamer un long processus créatif.

 

« Je me suis mis à beaucoup digger, à chercher, et j’ai fait des titres. Pour chacun des morceaux j’ai tout de suite pensé à certains invités, et ils ont tous dit oui ! J’ai donc la chance de travailler avec des amis, une vraie famille. Il y a Mattic (qui a collaboré avec Wax Tailor, ASM, DAfuniks), Astrid Engberg (La Fine Equipe, Modonut), Racecar (Soul Square, Asagaya, Sax Machine), BRuce Sherfield (Versus, The Sophia Lorenians), Elodie Rama (Hocus Pocus, Natural Self, Moar…) & Pumpkin. C’était très agréable à faire comme projet car on se connaît tous très bien. J’étais très heureux que tout le monde me dise oui car j’ai pensé à chacun d’eux sur les titres où ils sont présents, et je n’avais qu’une crainte, qu’ils n’aiment pas l’instru et que je doive réfléchir à quelqu’un qui n’aurait pas été mon choix évident ! C’est une grande chance d’avoir la confiance de tous ces formidables artistes ! « 

 
Le sampling (technique qui consiste à échantillonner des sons) n’est pas spécifique au Hip-Hop, aujourd’hui tout le monde sample, peu importe le registre musical, chacun y va de son petit hommage. Le jeu est bien sur plus drôle lorsque le producteur brouille les pistes afin d’inciter l’auditeur curieux à se creuser les méninges sur l’origine des sons utilisés… Bien évidemment Lawkyz est joueur, lors d’une discussion dans son canapé il y quelque temps, l’artiste affiche un sourire béat lorsqu’il se décide à diffuser un sample qu’il a déniché… “Tu vois ce que c’est ?” lance t-il sur de son coup, quelques références sont lancées, aucune ne colle, le sourire s’agrandit… Cette petite séance de “blind test” révèle combien Lawkyz aime ce qu’il fait, et nous permet de retrouver ce (putain) de sample sur l’un des titres de son EP, le très beau “come close”.

 

« Pour ce titre, Élodie Rama m’avait proposé que l’on fasse une collaboration sur mon projet, je n’avais pas encore d’instru pour elle… Je lui ai donc dit que ce serait avec plaisir si un instru me semble cool pour toi et que, bien sur, tu l’aimes ! La nuit qui a suivi, j’ai écouté pas mal de disques que j’avais digués. Et puis est arrivé CE disque, et c’était comme une évidence !!! J’ai fait le titre en une nuit et je l’ai envoyé à Élodie directement sans réécouter, ce qui ne m’arrive jamais ! Elle a tout de suite accroché à cette idée de faire une musique « à la James Bond » et a tout de suite pensé à Shirley Bassey comme type de voix… Le résultat est cette belle pépite « Come Close » ! »

 

Mais “Come Close” est loin d’être la seule pépite de cet EP. L’ensemble, d’une grande qualité, est un disque dont la fraîcheur n’a pas vraiment de date de péremption. Alors, parce que c’est le seul titre en Français, “Parasites” (Feat. Pumpkin) peut trancher avec le reste, mais cela n’en fait pas un morceau moins bon, s’il peut sembler plus fragile que les autres titres il fait office de « tribute » aux racines du Hip-Hop français au moment où il en a bien besoin… Et si The Waxidermist n’est pas le EP qui révolutionne le genre musical, il va tranquillement s’installer chez vous, car celui qui a tant oeuvré pour les autres ne s’oublie pas, et ne manque pas de nous régaler. D’ailleurs cet opus appartient aux oeuvres qui durent, il y a d’abord ce petit goût de “reviens-y”, léger avec un parfait équilibre des saveurs qui fait que des programmateurs radios pourraient bien encore le jouer dans quelques années, et surtout parce que l’EP vinyle est un superbe objet que vous pouvez encore trouver aujourd’hui, et que vous tenterez de dénicher lorsque Lawkyz aura réalisé l’un de ses rêves…
 
« Mon rêve ultime serait de faire une collaboration avec Stevie Wonder, c’est mon artiste préféré tout styles confondus, et je le respecte énormément ! J’aimerais aussi énormément, mais je crois que c’est un rêve comme pour Stevie Wonder, faire une collaboration ou écrire un titre pour Mos Def, Masta Ace, Joey Bada$$ ou encore Common ! Qui sait peut-être un jour… ! »


The Waxidermist est disponible sur Bandcamp.