Leaving For Florida7 min de temps de lecture

© Rhum For Pauline / Photo Gregg Bréhin – Illustration Cyril Pedrosa

 

Franchir le cap du premier album, beaucoup en rêve, certains le réalisent. C’est le cas du groupe Nantais Rhum For Pauline. Après trois EP (Miami, Can Reach The Top et When Endless Ends) Leaving Florida est leur premier long format, à paraître le 25 septembre prochain (FVTVR / A + LSO/ SONY)
Le temps défile depuis la cour du lycée où ils se rencontrent, là où tout débute. Si leurs premiers disques ont ce parfum parfois doux de l’innocence, leur premier album évoque le passage de l’adolescence à l’âge adulte, cet étrange parcours initiatique que tout humain savoure avec plus ou moins d’amertume… Après de longues heures d’expérimentations, le groupe a su exploiter différents aspects de sa substantielle moelle, mélancolie et sincérité en tête de peloton, de quoi peaufiner une identité sonore qui permet aujourd’hui à Rhum For Pauline de se distinguer au plus haut niveau. Les étiquettes ne manquent pas, mais féconde en chansons efficaces, leur bedroom pop flirte joliment avec ses inspirations : shoegaze, soul, indie rock, et R’n’B (notamment pour le chant). Avec l’arrivée de Antonin Pierre à la guitare et l’ajout de Pegase au clavier, Rhum For Pauline se produit désormais en quintet.

Auteur et chanteur de Rhum For Pauline, Romain Lallement a eu la gentillesse de répondre à quelques questions…
Vous a-t-on déjà dit que votre musique était un peu “beurrée” ?
Non, jamais ! Si c’est dans le sens ivre que vous l’entendiez, ça peut convenir. Nous souhaitions mêler tout au long de l’album aussi bien de la profonde tristesse que de la joie extrême. L’ivresse peut procurer ce même état d’euphorie – c’est donc pertinent. Et si c’était beurrée comme un petit LU, on vient de Nantes donc ça colle aussi.
 
Plus sérieusement, Emile Ployaert (batteur officiant également au sein de Minitel Rose) a déclaré : « pendant trois ans nous avons pris le temps d’essayer de comprendre ce qui fait notre identité en tant que groupe ». C’est un processus qui prend du temps d’harmoniser identités personnelles et identité de groupe, même entre potes ? 

Je pense que c’est justement le fait d’être potes qui complique parfois la chose. Si composer était l’affaire d’une seule personne, ça irait certainement plus vite mais ce ne serait plus Rhum for Pauline. Pour nous appartenir, une composition doit forcément passer par un travail de remodelage, l’apprivoiser, en quelque sorte. Quel qu’en soit l’auteur.

© Rhum For Pauline

 

 
































Sur votre page Facebook on peut lire : issus de la génération « peer-to-peer ». Que l’on puisse échanger votre disque sur Internet sans forcement l’acheter, ça vous va ?
C’est presque un compliment, à vrai dire. Non pas que nous incitions les gens à acquérir notre album illégalement, mais si notre album est amené à leaker sur internet c’est la preuve que des gens s’y intéressent et souhaitent se le refiler. On passe notre temps à acheter des disques, mais nous savons que nous ne sommes pas représentatifs dans une moyenne. Il est rare de pouvoir vivre avec la vente de ses albums aujourd’hui, alors autant que notre public les connaisse, quelle qu’en soit la manière.
 
Quel est votre point de vue sur le marché et l’évolution du mode de consommation ? Particulièrement lorsque l’on sait qu’aujourd’hui, écouter un album dans son intégralité se fait plus rare…
Aujourd’hui plus encore, nous nous attachons à la notion d’album. Une entité, quelque chose qui ne se déploie pas que sur un seul titre. Amasser des morceaux au fil du temps sans en avoir une vue d’ensemble ce n’est pas un album, c’est une compile. Nous avons bien conscience que pas mal de personnes iront piocher telle ou telle chanson sur iTunes ou autres, et non pas l’album en entier. Pour autant, faire de Leaving Florida un album cohérent du début à la fin fut notre mot d’ordre. 
 
Un album de 9 titres, et pas un seul en français. Un souci avec les quotas (radio) de chansons en Français ? Une dispute avec Jacques Toubon ?
Si nous avions eu comme souci de rentrer dans les quotas radio lors de l’écriture de notre album, alors il aurait été temps d’arrêter. Avant toute chose, nous écrivons la musique que nous souhaitons – qui nous fait vibrer, avant qui que ce soit d’autre. Chanter en français n’a jamais été ma volonté au sein de Rhum for Pauline, ce n’est pas quelque chose qui me semble naturel – du moins au sein de ce groupe. Au-delà de ça, alterner entre les langues complique à mes yeux le maintien d’une osmose – c’est un peu comme si plusieurs personnes te parlaient d’un moment à un autre.
 
Si vous deviez expliquer le contenu de vos chansons à ceux qui ne parlent pas anglais ?
Leaving Florida parle de la perte de l’innocence, de ce passage entre l’adolescence et l’âge adulte. Rhum for Pauline s’est formé au lycée, aujourd’hui nous sommes plus proches de la trentaine que de nos 20 ans. Ces chansons parlent de ça : de ne pas se cacher derrière des personnes que nous ne sommes plus. Ce ne sont pas des thèmes évidents, mais il y a finalement une certaine beauté dans le fait de vieillir.


“Pan Peter”, c’est un peu vous tous, ou quelqu’un du groupe sort un peu plus du lot ?

Je ne veux pas m’avancer pour les autres puisque c’est moi qui ai signé ces paroles, mais je crois que nous nous y reconnaissons tous. J’ai lu récemment quelqu’un parler de Pan Peter comme d’un sablier inversé, l’image est super juste.

Comme d’autres formations Rhum For Pauline à ses petits rituels avant de monter sur scène, ils se serrent très fort dans leurs bras et crient, choses qu’ils ne manqueront certainement pas de faire lorsqu’ils iront défendre leur disque sur la route. Si au cinéma les acteurs passent la plupart de leur temps à attendre leur scène, les musiciens en tournée découvrent également les joies du temps qui passe. Le plus chiant ?

Les heures à attendre, à poireauter en loge. Les trajets interminables ou les aires d’autoroute glauques. Mais ça va, on sait s’occuper ou se raconter des trucs débiles.


Mais tout cela semble vite relativisé lorsqu’ils s’expriment enfin…

Quand tu sens que sur scène il se passe vraiment quelque chose, que tu tiens le public entre tes mains et qu’une énergie irradie aussi bien le plateau que le public. Tu sais pourquoi tu es là, pourquoi tu fais tout ça. Et puis faire la connaissance de plein de gens, partager la scène avec d’autres supers groupes, c’est vraiment grisant.

Un album à écouter sur l’autoroute ? Dans les transports ? (à part votre musique)
Peut-être le premier album de Girls, ou Crazy for You de Best Coast. Ils ont ce truc ensoleillé mais super-intense, parfait pour enquiller les kilomètres en l’écoutant très fort.
Dernière boutade : une rumeur prétend que vous pourriez, comme Gérard Depardieu, quitter l’hexagone pour les vastes étendues de l’est et vous rebaptiser “Vodka For Poutine”, vous démentez ?
Totalement ! Rhum for Pauline, c’est peut-être pas le meilleur blase du monde mais de là à le troquer contre le nom d’un dictateur faut pas charrier. Et puis on est bien à Nantes, la Toundra une autre fois.
Dernier mot, vous écririez quoi dans le message d’une bouteille à la mer ?
On avait une super chanson qu’on avait appelée Message in a Bottle, mais visiblement Police l’a déjà prise. Ce fumier de Sting, impossible de lui faire confiance.
FVTVR / A + LSO / SONY – Sortie le 25/09/15
 
Tracklisting
1. When Endless Ends
2. Florida
3. Alone with Everyone
4. Camera
5. Coochie
6. No Hugs
7. Masquerade
8. Miss
9. Pan Peter