Album : Kelly Lee Owens21 min de temps de lecture

Découvrez le premier LP de Kelly Lee Owens ! Après son EP Oleic​​ chez Smalltown​ Supersound,​ elle présente son premier album éponyme. La jeune Anglaise de 28 ans, qui a travaillé avec Daniel Avery et une partie du label Phantasy Sound, livre une oeuvre electro pop puissante, où l’intime se pare de boucles vocales et de rythmes envoûtants.

Kelly Lee Owens vit à à Londres mais elle est originaire du nord du Pays de Galles, d’une petite ville éloignée de la scène club, là où la musique célèbre le mysticisme et la poésie…

 

Le pays Galles c’est “The Land of Song”

Si Kelly Lee Owens découvre tardivement les musiques électroniques, elle est obsédée par le format chanson. Gamine elle utilise les post-it de l’école pour écrire ses textes. “Le pays Galles c’est “The Land of Song”, un truc basé sur les voix et le storytelling”. À l’écoute de son disque, dans ce registre pop electro, certaines influences refont surface, on pense notamment à Massive Attack, Björk, ou encore à Kate Bush dont son oncle était amoureux… « Mais qui est cette créature mystique ? se demande-t-elle lorsqu’elle découvre une photo de l’artiste sur le mur de la vieille chambre de son oncle, chez sa grand-mère au pays de galles.

 

Manchester, qui n’est qu’à quarante-cinq minutes, lui tends les bras, à dix-neuf ans elle s’y installe et travaille pour un hôpital spécialisé dans le traitement du cancer. La jeune infirmière encore en formation croise le regard des patients en phase terminale, tous lui suggèrent de poursuivre ses rêves. Owens s’installe alors à Londres et travaille pour XL Recordings, Pure Groove, ou encore Rough Trade East. Elle y rencontre des producteurs, dont Daniel Avery, Gold Panda, Ghost Culture, mais elle est encore loin d’imaginer faire de la musique électronique.

 

 

Quand un jour Björk entre chez Rough Trade et demande le rayon techno, Kelly Lee Owens lui indique et se demande : “mais pourquoi écoute-t-elle la techno ? ». Elle découvre l’album Vespertine et réalise qu’elle l’a enregistré en trois ans, en collectant des sons dans sa maison… “j’ai trouvé ça tellement dingue, j’ai adoré ! Je me suis dit que je pouvais aussi enregistrer des sons avec mon smartphone, en tapant sur des objets et en y ajoutant de la reverb pour arranger un peu, en cherchant il y a toujours moyen d’en faire un truc intéressant.”

 

Kelly Lee Owens, qui ne trouve pas son bonheur au sein d’autres groupes, s’intéresse alors aux musiques électroniques, aux logiciels, aux synthés, et parce qu’ils sentent que le feeling passe, Andrew Weatherall et Erol Alkan soufflent à Daniel Avery l’idée de travailler avec elle. Ce dernier lui propose alors de chanter pour un projet sur lequel il travaille et leur fructueuse collaboration donne naissance à Drone Logic !

 

 

Avery lui propose de revenir travailler au studio, afin d’enregistrer « Keep Walking », une ébauche de ses musiques élaborée durant le travail sur Drone Logic. “On s’est tous dit qu’il fallait le mettre de côté pour un autre projet et Dan m’a laissé utiliser le studio et tous ses synthés, j’ai eu beaucoup de chance”. Kelly Lee Owens gagne rapidement la confiance des producteurs, elle enregistre son album, petit à petit, “j’aime prendre mon temps, je ne suis pas si pressée”.

 

Son travail attire l’oreille attentive de Joakim Haugland, fondateur du label norvégien Smalltown Supersound, qui sort Oleic en octobre dernier, puis son premier album. Si le tracklisting de son EP est plutôt orienté dance music, Kelly Lee Owens ne se pose aucune limite pour son album. Sa musique parfois mystique navigue entre ballades lancinantes et méditations rythmiques.

 

Le titre “S.0” introduit délicatement le disque, tel un doux réveil en conscience il ouvre la porte à “Arthur”, en hommage à̀ Arthur Russell, l’un de ses héros. Ce titre a par ailleurs illustré le défilé de la collection automne/hiver 2016 d’Alexander McQueen. L’album inclut ensuite un beau moment de partage, en featuring avec Jenny Hval pour le single “Anxi”.

 

 

« Lucid”, dont on apprécie sa nouvelle version, est un bel hommage à l’influence de Bjork. On retrouve également l’excellent CBM déjà présent sur le EP. “Keep Walking”, le premier morceau terminé pour cet album, encourage chacun à prendre son temps, à savourer son parcours sur terre. Le disque se termine avec « 8 », environ 10 minutes d’ondulations vocales avec des drones en crescendo. On y croise ses influences mystiques et célestes qui ont servi d’échafaudage à son travail. Kelly Lee Owens recommande d’écouter « 8 » dans l’obscurité. Qui sait ? Peut-être que, comme elle et comme nous, vous y verrez votre place dans l’univers…

 

 

Interview

 

Houz-Motik : cela s’enchaîne plutôt bien ces derniers temps ?

 

Kelly Lee Owens : oui c’est allé très vite, mais d’un autre côté c’est un processus assez lent d’un point de vue personnel, environ deux ans entre le début et aujourd’hui. C’est un peu étrange ce décalage entre le moment ou l’on termine un disque et celui où il est exposé à la lumière et au public, mais c’est super, je suis ravie que l’on puisse enfin découvrir mon travail.

 

Hier, NPR a mis ton album en stream, ça génère une petite émotion ?

 

KLO : Oh c’est un peu dingue comme émotion (rires), tu te dis que finalement un paquet de monde va pouvoir l’écouter, c’est à la fois un peu terrifiant et très agréable. C’est mon travail, c’est mon bébé, et il ne m’appartient déjà plus, c’est comme ça la musique…

 

Cela doit en effet paraître étrange de devoir partager son enfant avec un paquet d’anonymes…

 

KLO : (rires) oui carrément !

 

C’est un peu comme faire un enfant qui atteint l’âge de la majorité très rapidement, il est donc prêt à s’envoler du nid familial…

 

KLO : (rires) oui exact, il est déjà parti, tu l’aimes tellement et tu ne sais pas comment les gens vont réagir… J’imagine que c’est aussi le cas pour d’autres personnes, mais expérience je l’ai toujours souhaitée, mais sans trop savoir comment m’y prendre. En fait j’ai toujours été dans la musique, sans en jouer, je ne joue pas d’un instrument en particulier et je ne sais ni lire ni écrire une partition. Toutefois je crois que cela m’a donné une certaine liberté dans la façon de l’aborder, avec l’angle le plus organique qu’il m’est possible de donner, en restant très sincère. Je n’avais pas non plus la moindre idée de ce qu’était la production, mais j’ai tellement appris auprès de Daniel Avery et Ghost Culture, en travaillant au studio, en les interrompant, en leur posant sans cesse des questions, et Dan est quelqu’un de très ouvert aux suggestions. Cela s’est donc fait petit à petit, et puis j’aime prendre mon temps, je ne suis pas si pressée.

 

 

L’album s’est fait en combien de temps ?

 

KLO : si je réunis tout le temps passé dessus je dirai environ deux mois… mais en fait tout s’est étalé sur une bien plus longue période. Au départ j’ai fait un morceau que j’ai posté sur soundcloud, les gens l’ont rapidement apprécié, j’ai été agréablement surprise, alors j’ai fait un deuxième morceau et j’ai pressé un vinyle pour que ça existe au-delà des Internets. De plus en plus de personnes sont venu alors vers moi, j’ai reçu beaucoup d’encouragements. J’ai adoré le processus, et j’ai mis les bouchées doubles sur mes créations. Ensuite j’ai cherché des gens pour m’aider à aller encore plus loin, j’ai pris mon temps pour sélectionner les personnes de mon équipe, dont pas mal de femmes en fait, il y a ma manageuse, ma bookeuse, mon attachée de presse, je crois que 90% du staff est féminin ! Bon ok, il y a aussi Joakim Haugland qui dirige le label « small twown super sound« , mais c’est un féministe (rires). Le plus important est que sont tous des gens impliqués, je ne souhaite pas que mes collaborateurs soient seulement là pour l’argent, c’est évidemment important qu’ils soient rémunérés pour leur travail, mais honnêtement je voulais des personnes excitées par le projet, parce que ça me pousse à donner davantage, à aller plus loin.

 

En fait tu viens de créer une corporation internationale…

 

KLO : (rires) doucement, mais surement… C’est pour cela que je ne suis pas pressée, parce que l’on peut parfois se mettre trop de pression. Par exemple, l’adolescence est une période stressante et pas si simple, il y a beaucoup d’anxiété, mais en fait cela continue quand on a la vingtaine (rires). Souvent les gens ont besoin d’être reconnu quand ils ont vingt ans, en tout cas ils croient qu’ils en ont besoin, et peut-être particulièrement plus dans des villes comme Londres et Paris, mais en fait cette période sert à se découvrir soi-même, à faire des choix, savoir ce que l’on veut mais aussi ce que l’on ne veut pas, être qui l’on veut et non pas ce que les autres souhaitent. Je viens du pays de Galles, où ce n’est pas toujours facile, on est vite coincé, et a part s’assoir sur son cul il y a assez peu d’options tu vois, c’est du genre : « travail, gagne de l’argent, impliques-toi, essaye cela… ». Je pense que l’on a toute sa vie pour explorer, rien ne sert de se mettre la pression pour que tout arrive tout de suite, il faut savoir savourer pleinement le voyage, et le processus. C’est ça la vie, tout se déroule comme il se doit, il faut évidemment travailler dur, mais surtout il faut se faire confiance.

 

Kelly Lee Owens in Concert
Kelly Lew Owens © Daniele Fummo

 

Pourquoi avoir choisi la musique électronique ?

 

KLO : comme je ne sais pas jouer d’un instrument, je ne savais pas du tout ce que j’allais faire, et ce genre de processus me permet de faire…

 

Des sons ?

 

KLO : de la « musique »… ne soit pas injurieux (rires). Comment fait-on de la musique lorsque l’on ne joue pas d’un instrument ? Avec l’aide de la technologie bien sur ! Logic Pro c’est super, la musique c’est mon quotidien, c’est aussi mon travail depuis huit ou neuf ans en tant que disquaire. La musique c’est ma passion, je croise des gens intéressants, ça aide. Ensuite j’ai essayé plusieurs formules, j’ai fait des voix pour quelques projets mais je ne m’y suis pas toujours senti bien. J’ai joué dans un groupe pendant deux ans, je n’ai rien écrit, j’essayai juste de jouer de la basse mais ce n’était pas trop mon truc. Plus tard j’ai eu la chance de travailler avec Daniel. En fait, un jour il me téléphone : « Kelly, je suis en bas de la rue, tu m’accordes cinq minutes pour faire des voix ? » et je réponds simplement : « yeah, ok cool », et tout cela mène à Drone Logic !

 

Andrew Weatherall et Erol Alkan lui on dit : “toi et Kelly devriez travailler ensemble”, ils ont senti qu’il y avait une bonne énergie entre nous. C’est difficile à décrire, mais quand James*, Dan* et moi étions au studio les différents éléments de nos différentes personnalités se sont très bien entendu. C’est une belle expérience (*ndlr : James : James Greenwood de Ghost Culture ; Dan : Daniel Avery).

 

Comment étaient les début en studio ?

KLO : en fait on bossait encore sur Drone Logic quand j’ai présenté l’ébauche d’un morceau et on s’est tous dit qu’il fallait le mettre de côté pour un autre projet, et Dan m’a laissé utiliser le studio et tous ses synthés, j’ai eu beaucoup de chance, et le premier morceau de l’album terminé c’est “Keep Walking” ! James est aussi très important, c’est un ingénieur brillant. Il a rapidement compris que je savais ce que je voulais faire, il m’a fait confiance, j’ai alors réalisé que j’étais productrice. Finalement j’ai trouvé des personnes qui savent qu’une femme peut produire, parce que les femmes savent toujours ce qu’elles veulent, soyons réalistes (rires)

 

Oui (rires), on peut en discuter…

 

KLO : (rires) oui ok, ça dans quel domaine… mais elles savent être concentrées et dévouées à un projet. Je ne me suis jamais sentie limitée, car les personnes qui m’entourent affichent leur soutien, c’est très important de pouvoir s’entourer de ce genre de personne. Parfois il peut s’agir d’une seule personne mais ça compte tellement.

 

 

Comment a tu découvert la musique électronique ?

 

KLO : elle est venue à moi naturellement, organiquement, je n’y étais pas vraiment connectée, je n’y connaissais pas grand-chose, et je n’aimais pas particulièrement cela.

 

Tu n’en écoutais pas ?

 

KLO : oui un peu dans les années 90s, je me souviens des riffs de piano house un peu cheesy, mais j’ai toujours été davantage attirée par le format des chansons plus que par les instrumentaux. J’aime les textes et les émotions. Le pays Galles est souvent surnommé “Land of Song”, un truc basé sur les voix et sur le storytelling. Cela m’a pris un peu de temps pour me  connecter avec les sons qui me semblent les plus organiques, mais maintenant ça y est, il n’y a plus de doute et j’adore cela. Capturer les sons, les fréquences… Tout ce qui nous entoure est en état de vibration constante, tout a donc une fréquence et certaines peuvent aussi débloquer des choses en vous, cela fait sens pour moi !

 

Petit à petit donc…

 

KLO : oui comme je te le disais au départ, cela ne sers à rien de se presser, tu ne peux pas toujours tout aimer en une fois. Quand j’ai commencé à bosser chez Rough Trade East, je me suis mis la pression du style : “il faut que j’apprenne tout par coeur”, mais en fait non, ce qui est parfait c’est qu’une personne est calée en punk, une autre en jazz… Moi j’étais au rayon “nouvelles musiques indie kid”, je savais tout sur les groupes émergents, j’avais les connexions parce que j’aime ça. Et puis on grandit, on découvre, on apprend. Je ne connaissais pas le back catalogue de chaque album de John Coltrane, maintenant oui, et aussi Alice Coltrane et tous ces artistes fabuleux. Ce n’est donc pas grave de ne pas tout connaître et de découvrir encore des choses, c’est ce que nous faisons tous, et même quand j’aurai 60 ans je veux encore être en recherche et découvrir des choses, pourquoi cela devrait s’arrêter, pourquoi devrait on tout faire et tout savoir d’un coup ?

 

Vous ne faites pas la même musique mais j’ai parfois pensé à Kate Bush lorsque j’ai écouté ton album, il y a une influence ?

 

KLO: oui, grâce à mon oncle, il en était obsédé… (rires). Quand je vais chez ma grand-mère au pays de galles, je séjourne dans la vieille chambre de mon oncle, toute décorée façon pop jusqu’aux étagères de bouquins. Les livres n’y sont plus mais les murs ont gardé la couleur qu’il y avait derrière dans les années 80. Je me souviens qu’un jour je choisis un livre et je découvre cette femme coincée contre le mur avec du blue tack (Patafix). J’ai dit : « mais qui est cette créature mystique ? », ma grand-mère m’a répondu : « oh mais c’est Kate Bush, c’est le coup de coeur de ton oncle tu sais ». Je ne l’ai écouté que plus tard en fait, car j’ai découvert la musique non commerciale un peu plus âgée. J’ai grandi dans les années 90, ma mère n’était pas trop dans la musique, je n’ai pas d’histoire du genre mes parents collectionnaient des disques que j’écoutais… Je n’ai pas cette culture, j’ai tout découvert un peu par moi-même, ce qui n’est pas si mal dans un sens.

 

Et même si l’on aime écouter leurs disques quand on grandit, on aime aussi écouter ceux des oncles et des tantes, cela permet de s’affranchir des parents, car à l’adolescence il y a aussi besoin de s’en éloigner…

 

KLO : oui, c’est vrai ! Je me souviens, je trouvais mon oncle trop cool, notamment quand on m’a dit qu’il avait monté un groupe à l’âge de seize ans.

 

 

Je pose la question car tu en parles parfois, quel est ton sentiment sur la place des femmes dans la musique électronique ?

 

KLO : je ne me sens jamais limitée, dans mon boulot de disquaire je suis entourée d’hommes mais cela ne me semble pas étrange d’être la seule ou l’une des rares filles. Je suis juste là parce que j’aime la musique, j’ai peut-être des seins mais je suis là ! Il y a tellement de choses que nous avons en commun, parfois je trouve cela un peu absurde que l’on ait encore à en parler mais en même temps c’est important, car je crois que nous en avons encore besoin, les choses évoluent doucement…

 

sur les line-up également…

 

KLO : mais oui, parce que les gens en parlent désormais. Les organisateurs de festival sont plus impliqués, ils savent que s’il n’y a pas de femmes dans leur programmation ils vont avoir de mauvais retours et les femmes n’iront pas, car les femmes sortent aussi en festival… Je suis ravie que de nombreuses artistes émergentes intègrent les structures qu’elles ont toujours méritées. Un jour quelqu’un m’a tagué sur instagram, c’était un Japonais fan de techno, il a écrit : « mon artiste techno féminin préféré », j’ai juste répondu : “non il n’y a ni masculin ni féminin en techno, il y a seulement de la techno », il s’est excusé et il a remplacé sa phrase par “artiste techno préféré”. De plus, je ne me considère pas comme artiste techno, c’est juste de la musique, et peu importe qui tu es et d’où tu viens, ça existe et tu savoures pour ce que c’est.

 

Les étiquettes peuvent être polluantes, mais elles peuvent aussi orienter l’acheteur

 

KLO : c’est clair ! Mais c’est limiter ses possibilités, on a plus affaire à des oranges et à des pommes que l’on vend à tel ou tel prix. il s’agit davantage d’une tranche de vie…

 

Et plus particulièrement quand on écoute ton disque !

 

KLO : (rires) oui… mais je refuse d’être enfermée dans une boîte !

 

Toi non, mais le disque oui.

 

KLO : oui, le disque doit être dans sa boîte (rires). En fait je suis juste énervée par les sempiternels arguments des gens qui cherchent à catégoriser, je me met en dehors des catégories. Pourquoi veut-on que des gens aillent dans telle section pour trouver tel artiste ? Alors c’est humain de mettre les choses qui se ressemble entre elles, pour les comprendre, les catégoriser, mais je n’aime pas ça.

 

Oui c’est comme ton morceau “Lucid”, il y a combien de version maintenant ?

 

KLO : au moins trois sorties… (rires). J’aimerais que quelqu’un le remixe, et je l’ai d’ailleurs déjà fait moi-même, avec une version dance tirée d’un live, j’ai trouvé que cela fonctionnait bien.  À l’époque j’étais très inspirée par l’album Vespertine de Björk, quand tu penses qu’elle l’a enregistré en trois ans, en collectant des sons dans sa maison, j’ai trouvé ça tellement dingue, j’ai adoré ! Je me suis dit que je pouvais aussi enregistrer des sons avec mon smartphone, en tapant sur des objets et en y ajoutant de la reverb pour arranger un peu, en cherchant il y a toujours moyen d’en faire un truc intéressant. Ça peut être n’importe quel son, j’aime juste l’idée, après il faut tout de même construire un truc qui a de l’âme, et basiquement j’ai besoin qu’il y ait de la vie et des émotions, j’ai besoin de sentir une connexion sinon je ne serai pas heureuse, et si je ne le suis pas moi-même comment te rendre heureux, comment toucher le public ? Cela sonnerait faux. Je me souviens d’une fois ou je samplais des clochettes, puis j’ai rangé mon smartphone dans ma poche et oublié de fermer le micro, j’ai descendu les marches à environ 120 bpm (rires), et quand j’ai écouté je me suis dit : “ok, on va s’en servir”, j’ai construit un morceau autour de cela et c’est devenu CBM, après avoir bien entendu transformé les sons et ajouter des choses.

 

 

Dans quel état te sens tu lorsque tu composes ?

 

KLO : c’est comme une bénédiction en fait… C’est un peu étrange à décrire car je suis extrêmement concentrée. Le seul moment où je peux me concentrer sur une seule chose à la fois c’est quand je compose, et il faut avouer que c’est plutôt difficile de se concentrer sur un seul truc en 2017, et de batailler avec. Composer c’est comme une méditation, ça peut parfois être un petit peu stressant, comme pas mal d’autres choses, mais quand ça va bien et que je suis mon instinct, mes intuitions, j’entends les choses qui doivent venir et le les pose. Parfois je booste James pour enregistrer tout de suite, je suis un peu direct et pas toujours une personne facile dans le travail, mais ce n’est pas grave, je fonctionne comme cela.

 

Tu ne serais pas un peu perfectionniste ?

 

KLO : oui, je crois bien… mais ça me va. Parfois c’est difficile et je trouve mes limites dans certains détails, mais c’est aussi ce qui fait mon style.

 

Ils sont comment tes live ?

 

KLO : il y a d’abord eu une version du groupe avec boîte à rythme, synthé, Ableton Live, un violoncelliste et moi, mais je m’en suis lassée. Quand il y a un mec dans le groupe les gens pensent souvent que tu es seulement la chanteuse… Fort heureusement pas tout le monde, mais j’ai changé de formule, je suis seule car j’en ai vraiment besoin pour partager directement ce que je ressens, avec la musique que je fais.

 

Bientôt une tournée ?

 

KLO : oui dès la semaine prochaine, avec quelques dates chez les disquaires, puis Paris en avril… J’adorerai tellement avoir le temps de faire des recherches sur chaque lieu où je vais jouer, afin d’en savoir plus sur l’acoustique, mais c’est difficile…

 

C’est aussi chronophage, tu joues quoi dans tes DJ sets ?

 

KLO : John Talbot, Tiga, Odion, Vladin Yercha… Parfois je débute mes dj set avec Björk “Always is Full Of Love”, en variant la vitesse, j’aime solliciter la curiosité du public. En revanche, de mon côté je suis un peu « out of the loop ». je ne sors plus trop, je l’ai déjà pas mal fait, quand je bouge c’est pour jouer, cela me permet de me concentrer sur mes productions.

 

Pour terminer, retour sur le stream de ‘l’album par NPR, c’était hier ?

 

KLO : oui

 

Tu as pu mesurer l’impact ? Combien de followers supplémentaires depuis ? (rires)

 

KLO : je n’en sais rien (rires) … En fait je follow quelques personnes mais je tweet assez peu, je sais juste que cela augmente dans la bonne direction. Je trouve que l’on y accorde un peu trop d’importance, et j’ai l’impression que Facebook reflète davantage l’engagement du public, il y a plus de monde, mais en fait je n’aime pas trop ça. Ce qui m’importe le plus c’est, les tastemakers, et les personnes connectées par la musique plus que par moi, dès que c’est moins organique cela m’ennuie.

 

On en revient à l’importance de la connexion

 

KLO : absolument ! Je suis connecté avec la musique, avec ce qu’elle veut dire pour moi, et avec les gens qui l’apprécie. Cette connexion musicale c’est un sauveteur, c’est un tout. Si quelqu’un peut extraire l’essence de cela, pour donner de l’espoir et de l’optimisme aux gens, pour donner quelque chose à quelqu’un, c’est comme ça que je vois les choses.