Avec Kin, le producteur kényan installé à Berlin poursuit son dialogue avec le silence, la perte et la saturation. Second album pour Editions Mego après Peel, ce nouveau chapitre n’est ni une suite ni une rupture ; plutôt une mue plus dense, plus troublée et plus charnelle
Commencé à Nairobi, suspendu après la disparition de Peter Rehberg, achevé entre mémoire et distorsion, Kin explore un territoire plus abrasif que Peel. Guitare fantôme, nappes fissurées, tension retenue. L’album confirme KMRU comme une voix singulière de l’ambient contemporaine, tout en ouvrant une zone plus instable, presque électrique…
Héritage, mais sans nostalgie

En 2020, Peel installait l’artiste KMRU dans une cartographie ambient internationale. Loué pour sa délicatesse, son minimalisme habité, le disque trouvait chez Mego un écrin naturel. Kin naît d’une conversation avec Peter Rehberg autour d’un éventuel prolongement. Kamaru tranche : « I’ll know when that record will come and when I’ll make it. It’s already happening… or maybe it lives within both of these Mego records ». Pas de Peel 2. Pas de duplication. Le lien existe, mais il est organique, presque souterrain. Kin – parenté, proximité – parle moins de continuité stylistique que de filiation intime.
Le bruit comme matière vivante : début 2021, Nairobi. Kamaru élargit sa palette. Les textures se troublent. Les nappes se chargent. Des distorsions apparaissent, rappelant ses premières expériences à la guitare. Ici, l’ambient n’est plus seulement espace. Elle devient friction. Masse. Corps sonore. La pause d’un an, après la mort de Rehberg, marque le disque. Le silence s’y installe différemment. Moins contemplatif. Plus pesant. Chaque souffle semble retenu. Chaque saturation paraît contenir quelque chose qui aurait pu éclater.
« I’ll know when that record will come and when I’ll make it. It’s already happening… or maybe it lives within both of these Mego records » — KMRU
Alliances électriques
Sur “Blurred”, Kamaru collabore avec Fennesz. Association logique. Même goût pour la lumière filtrée à travers le grain, pour la mélodie qui vacille dans la distorsion. Le mastering de Stephan Mathieu préserve cette tension : ampleur sans excès, profondeur sans emphase. Le design, signé Nik Void, prolonge cette esthétique Mego où l’objet reste indissociable de l’écoute.
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Nairobi–Berlin : géographie intérieure. Kin semble moins documentaire que Peel. Moins tourné vers l’environnement immédiat. Plus intérieur ? Berlin apporte la rugosité industrielle. Nairobi laisse filtrer une mémoire plus diffuse. Entre les deux, un espace flottant, fragile, traversé par des signaux instables. Kin ne cherche pas la beauté évidente. Il préfère l’ambiguïté. La vibration incertaine. Le lien invisible entre deux disques, deux villes, deux temporalités. Kin paraît le 13 février 2026 chez Editions Mego. Un disque qui ne ferme rien mais qui ouvre, lentement, une zone plus dense dans le paysage ambient actuel.


