LP Extra Stars

« Extra Stars », de Gregory Uhlmann : cartographie intime d’un ciel instrumental

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Compositeur discret mais omniprésent dans la scène expérimentale de Los Angeles, Gregory Uhlmann poursuit sa trajectoire singulière avec Extra Stars, paru le 6 mars 2026. Un album instrumental dense et lumineux qui prolonge plusieurs années d’explorations entre ambient, jazz de chambre et électronique minimaliste

Avec Extra Stars, Gregory Uhlmann assemble une constellation de pièces brèves où la guitare, les synthétiseurs et l’écriture mélodique se croisent dans un équilibre rare entre simplicité harmonique et richesse sonore. Le disque confirme la place du musicien dans une génération d’artistes qui redessinent les frontières entre ambient, improvisation et musique contemporaine…

Une trajectoire discrète mais centrale

Photo Gregory Uhlmann
Gregory Uhlmann DR

Depuis plusieurs années, Gregory Uhlmann s’est imposé comme une présence régulière dans les cercles les plus aventureux de la scène californienne. Guitariste et multi-instrumentiste, il a longtemps évolué dans l’ombre, accompagnant Perfume Genius, Tasha ou encore Hand Habits. Au début des années 2020, son travail instrumental a pris une autre dimension. Albums solo, collaborations et projets collectifs se sont succédé à un rythme soutenu.

Parmi eux, Small Day, le duo Doubles avec Meg Duffy, Water Map avec Dustin Wong, ou encore les disques du groupe SML – Small Medium Large puis How You Been – ont progressivement dessiné un territoire sonore hybride où ambient, jazz et musique électronique se rencontrent. Extra Stars apparaît comme une forme de synthèse de ces explorations.

Miniatures cosmiques ? Le disque se compose de quatorze pièces relativement courtes qui fonctionnent comme autant de micro-paysages sonores. Malgré l’usage limité de percussions, la musique conserve un fort sens du rythme, souvent suggéré par les répétitions de guitare, les pulsations de synthé ou les manipulations de texture. Uhlmann privilégie une écriture mélodique simple mais profonde. Contrairement à une partie de la production ambient contemporaine, souvent centrée sur la texture seule, Extra Stars accorde une place importante aux progressions harmoniques et à la construction musicale. Cette approche donne au disque une dimension contemplative et structurée.

« It was made in my old apartment and felt like a way of self soothing by playing the same chords over and over again » – Gregory Uhlmann

Entre horizon et détail

L’ouverture, Pocket Snai, installe immédiatement cette esthétique. Une ligne de basse synthétique lente sert de point d’ancrage avant que la pièce ne se déploie en un entrelacs de mélodies filtrées et de réverbérations. Plus loin, Lucia s’inspire du paysage de Big Sur. La pièce mêle guitare répétitive, sons d’environnement marin et orgues électriques. Le saxophoniste Alabaster DePlume y apporte une intervention aérienne qui renforce l’impression d’espace et d’intimité. À l’inverse, Burnt Toast fonctionne comme une miniature rythmique où la guitare est transformée en générateur de textures électroniques.

Le morceau repose pourtant sur une structure harmonique extrêmement simple. Le cœur du disque : le centre émotionnel de l’album pourrait être Days, une pièce de plus de sept minutes composée en 2020. Le morceau évolue lentement autour d’une progression répétée, enrichie par des nappes d’orgue, de piano et de synthétiseur. L’ensemble crée une sensation de suspension temporelle, comme une musique qui respire au rythme de sa propre lenteur.

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Photo Gregory Uhlmann
Gregory Uhlmann DR

Collaboration et signature personnelle : l’un des aspects les plus remarquables de Extra Stars reste la manière dont Uhlmann intègre ses collaborateurs sans perdre sa signature. Le disque fait intervenir plusieurs musiciens de la scène expérimentale actuelle, dont Anna Butterss, Josh Johnson, Booker Stardrum ou Jeremiah Chiu. Malgré cette diversité de voix, l’ensemble conserve une cohérence esthétique claire.

Les arrangements privilégient l’écoute mutuelle, les textures organiques et une forme de minimalisme mélodique. Avec Extra Stars, Gregory Uhlmann confirme une écriture capable de relier ambient, jazz contemporain et musique expérimentale sans jamais forcer la synthèse. Un disque qui regarde vers l’horizon tout en restant ancré dans la précision du détail, et qui laisse entrevoir de nouvelles trajectoires pour l’une des voix les plus singulières de la scène instrumentale actuelle.

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