Avec View, Steve Roden transcende l’ordinaire en transformant de simples enregistrements de fenêtres en une expérience d’écoute immersive. À la croisée de l’art sonore et de la contemplation, cet album minimaliste nous invite à percevoir le paysage sonore urbain sous un nouvel angle
Sorti en 1999, View de Steve Roden (27 avril 1964 – 6 septembre 2023) est bien plus qu’un simple album expérimental : c’est une exploration du quotidien à travers le prisme du « lowercase » (genre musical dérivé de l’ambient), mouvement minimaliste dont Roden est l’un des pionniers. Conçu à partir d’enregistrements captés depuis une fenêtre d’une galerie à San Francisco, l’album se compose de quatre longues pièces où les sons du réel, fragmentés et retravaillés, deviennent matière à méditation. Artiste visuel et sonore de Los Angeles (Pasadena), le travail de Steve Roden comprend la peinture, le dessin, la sculpture, le film/vidéo, l’installation sonore, le texte et la performance ; View fut l’une de ses pièces maîtresses…
View

L’expérience sonore proposée par View questionne notre rapport à l’écoute : que percevons-nous réellement du monde qui nous entoure ? À une époque où l’attention est sans cesse sollicitée par des stimuli envahissants, Roden nous pousse à ralentir, à tendre l’oreille vers des bruits insignifiants qui, une fois réagencés, prennent une dimension presque musicale. Cette approche trouve des échos dans l’art contemporain et les théories de l’écologie sonore développées par des penseurs comme R. Murray Schafer. À l’heure où les paysages sonores urbains se transforment avec l’essor des nouvelles technologies et l’évolution des espaces publics, l’œuvre de Roden prend une résonance nouvelle. View nous rappelle que l’écoute peut être un acte esthétique en soi, une manière d’habiter le monde autrement.
L’album View puise son origine dans une installation sonore présentée à la galerie Jennjoy, à San Francisco (USA). Pour cette installation, Roden a demandé à la directrice de la galerie d’enregistrer les sons provenant d’une fenêtre spécifique de la galerie à différents moments de la journée, en avril. Ces enregistrements, réalisés parfois avec la fenêtre ouverte, parfois fermée, ont servi de matériau de base pour la composition de l’album. L’album se compose de quatre pistes sans titre, chacune d’environ 16 minutes, qui explorent les paysages sonores capturés depuis la fenêtre de la galerie. Bien que les enregistrements originaux aient été fragmentés, bouclés et traités de manière significative, l’essence sonore du View demeure présente, offrant ainsi quatre « paysages possibles ». Lors de l’installation, ces compositions étaient diffusées via des écouteurs, accompagnées d’une chaise placée face à la fenêtre du quatrième étage de la galerie, invitant les auditeurs à une immersion contemplative dans le paysage sonore.
L’exposition comprenait également des peintures, des dessins et une œuvre vidéo silencieuse : « Les sons ont été enregistrés depuis la corniche située juste au-dessus du radiateur, à différents jours et heures d’avril. Tantôt la fenêtre était ouverte, tantôt elle était fermée », écrivait Steve Roden, « Bien qu’ils aient été fragmentés, mis en boucle et traités, les compositions étaient toujours entièrement constituées de View. Cette série de quatre « paysages » différents a été présentée au casque, avec une chaise orientée vers la fenêtre d’où provenaient les enregistrements ». Le spectateur pouvait alors voir le paysage qui produisait les sons, mais avec les écouteurs, ces sons étaient complètement transformés. un document cd a été publié par la galerie. Bien que View n’ait pas fait l’objet de nombreuses critiques détaillées, il est reconnu comme une exploration significative des paysages sonores urbains, reflétant la capacité de l’artiste à transformer des enregistrements du quotidien en compositions immersives et méditatives, remarquable.