EP Alien Communication

Alien Communication, techno comme rite et langage invisible

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Avec Alien Communication, Miyauchi s’inscrit dans une mémoire précise : celle des débuts 1990, quand la techno ambiante, le trance naissant et les espaces chill-out formaient un continuum plus qu’un genre. Une musique d’exploration, moins tournée vers l’efficacité que vers la perception

Entre ambient techno, breakbeat hypnotique et psychédélisme discret, Alien Communication, de Yuki Miyauchi, active une tradition japonaise où la musique électronique agit comme signal, sortilège et outil de projection mentale. Un disque qui regarde en arrière sans s’y enfermer…

L’héritage rave, avant la séparation des genres

L’album puise dans une époque où la techno n’avait pas encore figé ses frontières. Ici, les pulsations restent souples, les structures ouvertes. DNA et Alien Communication évoquent cette curiosité cosmique propre aux pionniers de l’ambient techno, lorsque la répétition servait autant à danser qu’à dériver. On pense à Susumu Yokota, non pour l’imiter, mais pour cette manière de laisser les motifs respirer, flotter, se transformer lentement. États altérés et rythmes obliques. Henna — du japonais hen-na, « étrange » — marque un déplacement. Le breakbeat y devient émotionnel, presque introspectif. La rythmique n’entraîne pas, elle enveloppe. L’écoute bascule vers des états liminaux, proches du rêve éveillé. Mind Scape prolonge cette dérive astrale, s’enfonçant dans une abstraction plus mentale, tandis que les textures se raréfient sans jamais disparaître.

Communauté, idéal et transe douce

Photo Yuki Miyauchi
Yuki Miyauchi DR

Yuki Miyauchi modernise la psychédélie spirituelle japonaise à travers la lignée de la techno ambient des années 1990, avec un son à la fois nostalgique et tourné vers l’avenir, réglé sur des fréquences invisibles. Basé au Japon, mais délibérément hors de Tokyo, ses projet opèrent à l’écart des récits métropolitains, privilégiant le mouvement intérieur, la perception altérée et la spéculation tranquille plutôt que l’urgence urbaine. Avec Third Tribe, Miyauchi touche à une idée centrale : la transe comme expérience collective idéalisée. Rien d’euphorique au sens classique, mais une sensation de partage diffus, presque utopique. Une musique qui suggère plus qu’elle n’impose, et qui rappelle que la rave fut aussi un espace de projection sociale.

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Une filiation japonaise assumée : Miyauchi s’inscrit dans une lignée claire, aux côtés de Tetsu Inoue ou Soichi Terada. Plus récemment, cette sensibilité trouve des échos chez Ground, également lié au label Multi Culti. Une même approche : la techno comme anthropologie spéculative, attentive aux forces invisibles, au désir de danse autant qu’à la contemplation. Ni exercice nostalgique, ni manifeste futuriste, Alien Communication occupe un entre-deux fécond. Une musique accordée aux fréquences de l’invisible, où la techno redevient ce qu’elle n’aurait peut-être jamais dû cesser d’être : un outil d’exploration intérieure et collective. 

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