Le label ato.archives consacre un nouveau volet à la Contemporary Environmental Music. Un terrain où le sonore ne sert pas à illustrer un lieu, mais à en préserver la trace sensible. Au centre du projet : Akhira Sano, et une maison familiale japonaise promise à la démolition, devenue matière première d’un travail à la fois intime et rigoureux
Ni simple field recording, ni composition abstraite, ata019–21 se situe dans un entre-deux exigeant : documenter un espace en train de disparaître, puis prolonger ses qualités acoustiques par des gestes de studio maîtrisés. Une œuvre ambient discrète mais dense, qui interroge notre rapport aux lieux, à la mémoire et à ce que le son peut encore sauver quand l’architecture s’efface ; Akhira Sano transforme alors l’architecture en mémoire vibrante…
Enregistrer ce qui va disparaître
Akhira Sano DR
Le point de départ est clair, presque brutal : la maison des grands-parents de Sano est vouée à être détruite. Plutôt que la photographier ou l’archiver de manière classique, le musicien choisit d’en capter les qualités sonores. Entrée, salon, cuisine, chambre, pièces à l’étage. Chaque espace est enregistré avec un Tascam DR-07X, sans mise en scène, au plus près des volumes et des matériaux. Ici, le son n’est pas décoratif. Il est structurel.
Les résonances, les silences, les micro-accidents deviennent des indices spatiaux. On n’écoute pas une maison ; on circule à l’intérieur. De l’empreinte sonore à la composition : à partir de ces prises, Sano ne cherche pas l’illusion documentaire, il transforme. En studio, il utilise son équipement habituel pour prolonger, filtrer, étirer ces sons. Le résultat conserve une forte matérialité, rien n’est lissé, rien n’est spectaculaire. Cette méthode inscrit ata019–21 dans une tradition exigeante de la musique environnementale contemporaine, loin des clichés ambient. Ce travail rappelle que l’espace est une force active, pas un simple cadre.
« Transforming the “spatial sound” of a place destined to vanish into a work of art » — Akhira Sano
Ce projet s’inscrit logiquement dans le parcours de Sano. Depuis Penetrating, For Filtration (Important Records, 2019) jusqu’à D-R (LAAPS, 2025), en passant par Particle Dialogue – Observation and Recording (The Trilogy Tapes, 2022), son œuvre explore les irrégularités, les tensions entre forme et disparition. Ses expositions personnelles, Perspectives of Possibility (FAITH, 2021), mē on – Seeing the Absent (TOH, 2022), prolongent cette obsession : rendre perceptible ce qui est en train de s’effacer.
Une sortie qui fait sens ? La sortie de ata019–21, prévue le 6 février 2026, confirme la ligne éditoriale précise d’ato.archives : documenter des pratiques sonores contemporaines sans folklore ni nostalgie. Le mastering est confié à Taku Unami, choix cohérent tant son travail privilégie l’équilibre et la lisibilité des textures. À l’heure où l’archivage passe souvent par l’image ou la donnée brute, ata019–21 rappelle que le son reste l’un des derniers vecteurs capables de saisir la présence d’un lieu. Une œuvre discrète, mais essentielle, qui laisse une trace là où il ne restera bientôt plus rien.