Compilation É Soul Cultura Vol.3

É Soul Cultura Vol.3 : Luke Una, la piste comme antidote

5 min de lecture
Démarrer

Nouveau chapitre d’une série devenue étendard, É Soul Cultura Vol.3 prolonge la vision de Luke Una : faire du dancefloor un espace de friction douce, de mémoire vive et de lien. Le spectre est large, cosmic soul, proto-house, boogie, techno ralentie, afro électronique, disco percussive… Mais l’idée reste simple, la danse rassemble quand le monde se tend

Attendu le 20 mars 2026 chez Mr Bongo, ce troisième volume confirme l’approche transversale de Luke Una, DJ actif depuis 40 ans. Plus qu’un alignement de raretés et de morceaux club, le disque avance une thèse, la piste comme lieu de reconnexion, au-delà des genres et des BPM. Reste à savoir si cette édition dépasse l’exercice curatoriel pour devenir un instantané sensible de son époque…

Quarante ans dans les soutes

Photo Luke Una
Luke Una © Martin Cotton

Sheffield d’abord. Puis Manchester, Electric Chair, Homoelectric. Et aujourd’hui É Soul Cultura, label devenu série d’événements internationaux. La trajectoire pèse. Elle donne au projet une colonne vertébrale. Refus du BPM fétiche. Refus du cloisonnement. La piste comme champ ouvert. Le volume s’ouvre avec Harris & Orr – Spread Love. Déclaration d’intention. Il se referme sur Fatdog – Remember, deep house plus introspective. Entre les deux : funk nigérian à boîte à rythmes, éclats cap-verdiens, reprise post-punk de Fela Kuti, remix étiré de DJ Harvey sans kick, jazz-funk, Italo disco, house tribale. L’arc promet du relief. Tout se joue dans le flux.

Cartographie sans frontières : 17 titres. Certains réservés au physique, d’autres au digital. Le geste éditorial dialogue avec l’objet. Vinyle, CD, streaming, trois portes, trois usages. La sélection croise Toshiyuki Honda, Igna Igwebuike, Grupo Serenata, Vital Disorders, DJ Food, Orion Agassi. Des géographies qui se saluent. Japon, Afrique de l’Ouest, Cap-Vert, UK post-punk, cosmique house. Pas de ligne droite. Une diagonale, tendue. Ce n’est pas une mosaïque décorative. C’est une réponse à une époque fragmentée. Le disque avance l’idée d’une communauté recomposée sur la piste, loin des logiques d’algorithmes.

« For me, the dancefloor was never about a one-dimensional, thudding, 130 BPM beat only. It’s a much more dynamic, broader vision than that. » — Luke Una.

Après la coupure, la sueur

Le projet évoque le retour au club après le Covid, la nécessité de se retrouver face à face. La danse comme langage physique. Ce récit appartient à l’histoire longue de la house et du disco. La nouveauté tient au contexte, polarisation politique, fatigue numérique, isolement social. Le risque ? Multiplier les styles sans créer de narration. Revendiquer l’unité sans l’incarner. Sauf que si le séquençage tient, l’éclectisme devient cohérence.

À lire aussi sur Houz-Motik : l’art discret de la compilation

Photo Luke Una
Luke Una © Martin Cotton

Troisième volume oblige, l’exigence monte. Il ne s’agit plus d’installer une signature, mais de la densifier. De proposer un point de vue La tournée annoncée, Leeds, Naples, Oslo, Manchester, Glasgow, Dublin, Londres, Parme, confirme que ce disque vit surtout en club. Il ne se contemple pas, il s’éprouve. Avec É Soul Cultura Vol.3, Luke Una poursuit un travail d’assemblage, relier des scènes, des tempos, des histoires. Si la dynamique interne tient la distance, ce volume 3 pourra dépasser le statut de compilation pour devenir un document de circulation, un disque qui remet les corps en mouvement, sans grand discours, mais avec méthode.

Buy Me A Coffee

Fondateur de Houz-Motik, Cyprien Rose est journaliste. Il a été coordinateur de la rédaction de Postap Mag et du Food2.0Lab. Il a également collaboré avec Radio France, Le Courrier, Tsugi, LUI... Noctambule, il a œuvré au sein de l'équipe organisatrice des soirées La Mona, et se produit en tant que DJ.

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.

EP Idios Kosmos
Article précédent

"Idios Kosmos" d'Anoesis : cartographie nocturne d’un rave intérieur

LP Memorabilia
Prochain article

Turbojazz rallume la piste : Memorabilia, ou la mémoire en mouvement