Un été, la mer du Nord, quelques disques allemands en boucle. Puis retour au point de départ, mais pas tout à fait le même. Avec Intercelestial, Sven Piayda transforme une parenthèse en matière sonore. Pas un carnet de voyage. Plutôt une zone de translation, où les formes se déplacent sans prévenir
Entre electronica poreuse, post-hip-hop diffus et nappes post-rock, Record Of Tides aka Sven Piayda poursuit une trajectoire à part. Intercelestial capte un moment précis, août 2025, et l’étire dans un espace plus large, collectif, visuel. Un disque qui circule plus qu’il n’affirme, et qui ouvre vers une pratique électronique où le son n’est jamais seul…
Une origine simple, un résultat instable

Le point de départ est presque banal. Un séjour sur la côte néerlandaise. Du temps, des écoutes, une immersion lente dans une certaine tradition électronique allemande. Mais ce qui aurait pu rester une influence directe se dilue rapidement. De retour chez lui, Piayda ne reproduit rien. Il recompose. Les morceaux de Intercelestial portent cette trace. Pas comme citation. Plutôt comme climat. Des textures qui avancent par nappes, des rythmes qui apparaissent puis se retirent. Rien de frontal. Tout se joue dans les transitions.
Post-genre ou discipline du flou. Le terme “post-genre” revient souvent autour de Record Of Tides. Ici, il tient. Parce qu’il ne sert pas à masquer une absence de direction, mais à décrire une méthode. Piayda ne mélange pas. Il laisse coexister. Electronica, post-hip-hop, avant-garde, fragments post-rock. Chaque élément garde sa densité. Le lien se fait ailleurs. Dans les respirations, les creux, les zones où la structure se relâche. Le disque ne cherche pas l’impact. Il cherche la tenue.
« To my own surprise, I finished the ‘Intercelestial’ album in August 2025. » – Sven Piayda
Une scène derrière le projet
Derrière cette apparente solitude, il y a un réseau. Michael Schreiber au mastering et à l’image. Mario Meyendriesch (IG-75) sur Brother Love. Tous issus du Electric Café Ruhr Collective. Ce détail change la lecture. Intercelestial n’est pas un geste isolé. Il prolonge une pratique collective faite de sessions, de concerts, d’échanges. Une musique qui se construit aussi dans le partage, même quand elle semble intérieure.
Du live au disque, sans rupture, fin novembre 2025, Piayda joue une partie de ce matériau en live à Mülheim. Des versions encore instables, testées dans l’espace. L’album arrive ensuite. Sans rupture nette. On retrouve cette sensation dans l’écoute. Les morceaux ne sont pas figés. Ils gardent quelque chose de l’essai, du déplacement. Comme s’ils pouvaient encore évoluer ailleurs. Dans une autre salle, une autre configuration.
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L’image comme prolongement naturel ? Deux vidéos accompagnent la sortie, Nice Try et Filets. Réalisées par Piayda lui-même. Là encore, pas d’ajout décoratif. L’image prolonge le geste. Chez Record Of Tides, le son est rarement autonome. Il dialogue avec d’autres médiums. Installation, vidéo, écriture manuscrite même dans l’objet. Intercelestial fonctionne comme un ensemble. Un système discret mais cohérent. Intercelestial ne cherche pas à marquer. Il s’installe. Et laisse une question ouverte : jusqu’où peut aller une musique quand elle accepte de ne plus se définir entièrement ?



