Hollis Parker – Newscapism

/
9 min de lecture
Démarrer

Newscapism, le nouveau concept album d’Hollis Parker, sort le 18 septembre 2020. Le DJ producteur, qui nous a accordé une interview, livre une œuvre savoureuse dont la qualité n’a rien a envier aux productions d’artistes tels que Masters at Work, Dennis Ferrer ou encore Kerri Chandler

Après The New Raw Era (2016), un premier album dédié à la ville de New York, où il est né et où il a grandi, le DJ producteur sort Newscapism, avec lequel il documente les dernières 24 heures de sa vie new-yorkaise, avant de s’envoler pour l’Angleterre. Chaque titre confère un émotion particulière à quelques moments choisis, son envie de bouger se raconte dans Reasons For Leaving alors que son amour pour la ville s’écoute dans A page about Manhattan... En avant-première, découvrez Take It Slow, où le personnage, toujours amoureux, comprend que c’est sans issue. La déchirure est certaine, mais ne dit-on pas qu’après la pluie vient le beau temps ?

Hollis Parker, un producteur inspiré

Né à New York (Queens) et désormais installé à Londres, Hollis Parker rend hommage à ses racines dans l’ensemble de ses productions, jusqu’à son pseudonyme : le prénom pour le quarter où il vivait, Hollis Avenue, et le nom pour le légendaire saxophoniste de jazz, Charlie Parker. En 2014, il crée la surprise avec un édit de Sunshine, tiré du classique Everybody Loves The Sunshine de Roy Ayers. Après quelques vinyles parus sur son label SoSure Music, il confirme la qualité de ses productions avec The Last Raw Era (2016) inspiré de sa vie à New York, un premier album acclamé par la critique.

Dans l’interview suivante, Hollis Parker se prête généreusement au jeu des questions. S’il est ravi de sa migration vers Londres, il est toujours très attentif à l’actualité en provenance des USA. Plusieurs thématiques sont abordées, comme l’impact de la pandémie Covid-19 sur les activités artistiques, et ses possibles bienfaits à venir (davantage de fêtes locales, un bilan carbone maîtrisé en tournée…). L’artiste revient évidemment sur les conditions de productions de ce nouvel opus, il parle également de ses inspirations, de sa soif d’apprendre de la scène britannique, mais aussi de la façon dont on écoute de la musique depuis quelques années… Si besoin, les sous-titres en Français peuvent être activés depuis le player youtube.

Newscapism, un album concept

Newscapism est le prolongement naturel du premier album, le producteur ayant annoncé une trilogie. L’ouverture du disque se déroule dans une rue de NYC, où l’ambiance de la discussion n’est pas sans évoquer un autre titre sorti 45 ans auparavant. You Me And Ethel/Street Walkin’ Woman est également une introduction, celle de l’album Who Is This Bitch, Anyway? (1975) de Marlena Shaw. Hollis Parker ne pouvait pas mieux entamer son propos, tant dans le grain, que dans la couleur… You’ll Know When You Feel It ouvre ainsi l’album de façon charnière, c’est-à-dire là où son dernier album, The Last Raw Era, s’est arrêté, au lendemain de The Cab Ride Home. Il nous fait part des sentiments de doute que l’on éprouve lorsque l’on prend la décision de partir.

Ces doutes font parfois place aux regrets, mais peu importe ce qu’il s’est passé on sait que c’est la meilleure chose que l’on puisse faire, même si ce n’est pas simple de lâcher prise. C’est ce que raconte Can’t Let Go, avec beaucoup de pianos aériens soutenus par un gros kick, Parker nous offre une House des plus pure. Une dernière tentative de dire à la personne (ou à la ville, pour cette métaphore) qu’on l’aime toujours, The Way You’re Making Me Feel est un downtempo mélancolique qui expose le narrateur dans sa difficulté à passer à autre chose, il écrit alors une chanson d’amour.

Des samples de jazz mélangés à une voix répétitive virevoltent au-dessus des sub-basses, Uptown Sunday Morning AKA Flashback est le moment ou le personnage traverse Harlem tôt le dimanche, quand le quartier est magnifiquement calme, et qu’il se remémore les bons moments de la relation. La réalité dévore les souvenirs, s’il est toujours amoureux le personnage sait qu’il ne peut pas aller plus loin dans la relation, c’est sans issue. Le soyeux et très deep Take It Slow a ce doux parfum des productions soignées de Kai Alcé, ou encore d’Alton Miller.

previous arrow
next arrow
previous arrownext arrow
Slider

Un speech habille une boucle soul qui aurait sa place dans une film blaxploitation : l’interlude Reasons For Leaving rappelle les difficultés rencontrées et les raisons pour lesquelles il décide de partir. S’il se voile la face au début, le héros voit enfin sa ville pour ce qu’elle est, il se souvient alors de moments plus tristes et solitaires. Le rythme de City Blues est groovy mais sec, les basses réchauffent une guitare dont les riffs sont piquants, comme peu l’être l’hiver dans la grosse pomme.

Avec Emotion, la cadence reste efficace, le temps est venu de faire ses valises. Notre héros professe une dernière fois son amour, dans une ambiance proche de celle d’un dancefloor à 5h du mat. Nous entrons dans la 25e heure, les valises sont faites, A Page About Manhattan évoque une dernière promenade et quelques verres autour de Manhattan, un ultime au revoir, fier, mais funky, et où les snare drum sont électriques.

Le trajet en taxi jusqu’à l’aéroport se fait au rythme de All That I Have, un titre chargé émotionnellement, où les saxo et les voix se croisent et se répondent sans que l’on sache s’ils se comprennent. Si le personnage a toujours tout donné pour que cela fonctionne, il regrette que ce n’ait pas été le cas. Voilà, c’est terminé, A Fair Goodbye propulse notre héros vers son ailleurs, où il fait le deuil de sa relation et s’en relève plus fort, plus complet et plus clair sur ses expériences. Newscapism est porteur d’une joie que l’on souhaite partager, notamment sur les pistes de danse, dès que ce sera possible… Les plus impatient·e·s peuvent aussi écouter des extraits de l’album.

Du studio à la scène

Newescapism, sort le 18 septembre chez SoSure Music, si beaucoup découvrent un nom, ses productions recueillent le soutien d’artistes tels que Larry Heard, DJ Sneak, Charles Webster et Joyce Muniz, pour n’en nommer que quelques-uns. Profondément attaché à des valeurs altruistes, Hollis Parker œuvre dans le respect de ses racines : Hip Hop, Jazz, Fusion, House… S’il est plus souvent en studio que sur scène, le producteur n’est cependant jamais bien loin du DJ lorsqu’il s’agit de se produire sur scène, ses sets étant d’immenses medleys truffés d’edits balancés à la volée. En attendant de pouvoir l’écouter en soirée, retrouvez-le dans ce set pour le Lab LDN de MixMag.

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.

*

code

Artwork de l'album Cancionero de Palacios de Jérôme Minière
Article précédent

Jérôme Minière - Cancionero de Palacios

Vince Watson
Prochain article

Vince Watson - Progress (The Mixes)