LP Twin Color (Extended Play No. 2)

Murcof réactive ses fantômes : Twin Color – Extended Play No. 2

5 min de lecture
Démarrer

À la croisée des drones spectrals et des visions cinématographiques, Murcof poursuit son projet Twin Color avec un second EP tendu, hanté par Carpenter et Kubrick autant que par l’intimité familiale. Entre héritage personnel et mémoire collective, Extended Play No. 2 s’annonce comme un jalon majeur de son parcours

Sorti entre le 26 et le 29 août 2025 selon les plateformes, Twin Color – Extended Play No. 2 rassemble six pièces travaillées entre l’Espagne et Paris, au Plasma Studio et à l’IRCAM. Un disque qui oscille entre ambient introspectif, glitch hypnotique et textures cinématographiques. Prolongement du premier Extended Play, il consolide une esthétique à la fois personnelle et universelle. Murcof démontre qu’il sait transformer la matière électronique en récit intime et universel à la fois. Un paysage sonore inédit ; un disque qui s’écoute comme une traversée nocturne, ouverte sur de nouveaux horizons…

Les interstices du temps suspendu

Photo Murcof
Murcof DR

Murcof (Fernando Corona) poursuit l’aventure Twin Color comme on prolonge un rêve, avec la volonté de le redéployer dans de nouvelles dimensions. Là où le premier Extended Play ouvrait des portes, No. 2 les franchit. Enregistré entre 2020 et 2025, cet EP a trouvé refuge dans deux espaces contrastés : le Plasma Studio en Espagne, laboratoire électronique intime, et l’IRCAM à Paris, lieu mythique de l’expérimentation sonore. Ces ancrages techniques et géographiques se reflètent dans la matière même des morceaux, à la fois précis et fantomatiques.

La voix comme fil intime : l’un des choix les plus troublants du disque est d’avoir intégré la voix d’Alina Corona, fille de l’artiste, sur quatre pistes. Murcof brouille ainsi la frontière entre œuvre publique et mémoire familiale. La voix devient trace, réminiscence, souffle presque spectral. Dans un contexte électronique souvent perçu comme froid ou mécanique, cette présence charnelle fait vaciller l’écoute. Elle inscrit la musique dans une continuité affective, comme si chaque drone transportait aussi une histoire de filiation.

“I didn’t want to repeat myself and I was also curious to explore other ways of combining electronic music with classical music elements” — Murcof (Norman Records 2022) “Angoissé et captivant, entre dancefloor obscur et installations sonores cérébrales.”Infiné (2025).

Cinéma mental et références assumées

Photo Murcof
Murcof DR

Murcof n’a jamais caché sa fascination pour l’image. Ici, les références sont explicites : un sample tiré du film Dark Star de John Carpenter traverse Cosmic Drifter, tandis que l’ombre de Halloween plane sur deux morceaux-clés. InFiné, le label qui porte le projet, résume Like Halloween Part II comme “angoissé et captivant, entre dancefloor obscur et installations sonores cérébrales”. Stanley Kubrick n’est pas loin, tant les structures rythmiques et les crescendos semblent chercher à dialoguer avec les visions de 2001. L’EP devient alors une bande-son imaginaire, entre horreur stylisée et vertige cosmique.

Entre ambient et vertige électroacoustique… Musicalement, Extended Play No. 2 déploie une matière dense : nappes ambient, pulsations glitch, éclats industriels et plages suspendues. Murcof explore un spectre large, qui peut convoquer autant Tim Hecker qu’Alva Noto ou Burial, tout en gardant son empreinte singulière. Là où d’autres pourraient sombrer dans l’abstraction, il choisit la tension dramatique. Chaque morceau est une architecture, une chambre sonore dont les murs vibrent de résonances. Ce n’est pas un simple disque : c’est un lieu mental où l’auditeur est invité à errer.

Buy Me A Coffee

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.

LP GEDDUP!!!!!!
Article précédent

GEDDUP!!!!!! la danse comme impulsion vitale