Dixième album pour Morgen Wurde. Un seuil plus qu’un jalon : Von Jetzt An n’annonce pas une rupture spectaculaire, mais un resserrement du geste ; moins d’effets, plus de présence. Une musique qui accepte le vertige, sans le surjouer
Avec Von Jetzt An, Morgen Wurde poursuit son travail d’exploration des forces naturelles et humaines, mais en déplaçant légèrement le centre de gravité. L’album s’ancre davantage dans le corps, souffle, attaque, vibration, tout en conservant cette ampleur tellurique qui caractérise le projet. Une œuvre ambient dense, lente, parfois exigeante, qui gagne en intensité ce qu’elle abandonne en abstraction…
Un projet au long cours

Morgen Wurde est le projet du compositeur allemand Wolfgang Röttger. Depuis ses débuts, il construit une musique à la frontière de l’ambient, du contemporain et du rituel sonore. Ici, pas de narration explicite, mais une attention constante portée aux forces invisibles : gravité, pression, lente dérive. La nature n’y est jamais décorative. Elle est masse, menace, parfois refuge. Du sombre vers la lumière, sans trajectoire rassurante. Von Jetzt An embrasse un spectre large, du plus abyssal au plus lumineux, sans jamais chercher une progression linéaire. Les pièces semblent plutôt s’organiser par tensions successives, par blocs d’intensité qui se forment puis se désagrègent. Les nappes sont profondes, parfois opaques, mais toujours traversées par des micro-événements : frottements, frictions, silences actifs. Rien n’est figé. Tout respire.
La chair au milieu du paysage

Ce qui distingue nettement cet album tient à la place accordée aux interprètes. Le violon de Georges-Emmanuel Schneider tranche net, presque à vif, comme un geste de résistance dans la matière sonore. À l’opposé, le violon électrique de David Strother agit comme une rémanence, un écho spectral, jamais frontal. La trompette de Tetsuroh Konishi fonctionne comme un signal lointain, ni héroïque ni dramatique, mais chargé d’attente. Enfin, la voix de Maria Estrella, claire et suspendue, introduit une verticalité émotionnelle rare, sans lyrisme appuyé.
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Intime et monumental, sans emphase ? L’équilibre du disque se joue précisément là : des voix seules, très incarnées, confrontées à des espaces immenses qui pourraient les engloutir. Morgen Wurde ne cherche pas l’effet grandiose. Il laisse coexister la fragilité humaine et la vastitude sonore, sans hiérarchie. Le résultat est un album à la fois introspectif et ouvert, exigeant mais jamais hermétique. Avec Von Jetzt An, Morgen Wurde confirme qu’il n’avance pas par rupture, mais par approfondissement, en creusant toujours le même sillon, jusqu’à y laisser passer l’air.
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