Leifur James – Angel In Disguise

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Après un excellent premier album en 2018, A Louder Silence (Night Time Stories), le producteur et compositeur londonien Leifur James dévoile sa nouvelle merveille, Angel In Disguise

Après A Louder Silence, Leifur James livre Angel In Disguise, une incursion électronique dans laquelle ses mélodies en tourbillons donnent ce sentiment émouvant d’évoluer dans un temps en suspension. Subtil mélange de voix harmoniques et de paysages sonores pimentés par des percussions modulaires, l’opus embrasse différents genres dans une approche manifestement plus expérimentale et introspective de son œuvre.

Ode à ses réminiscences jazz, à son amour pour les nuances et les musiques de club, notamment Techno et UK bass, les 11 titres crépitent de sons de machines et de lignes de piano finement combinées à des matériaux éthérés. Envoûtante à chaque étape, cette dernière production s’avère être magistrale.

La puissance de la douceur

Le ton est donné dès l’ouverture : Avec l’obsédant Circles et le chaloupé Black Lens, Leifur James annonce une exploration maîtrisée. Sa voix, qui vient illuminer le pétillant I Ran With You, nous embarque alors, instantanément. Wise Old Man nous installe à la fenêtre de la contemplation, tandis que l’électro d’Angel In Disguise, saupoudrée de glitch, sonne comme un mariage heureux entre l’univers feutré de Bugge Wesseltoft avec les racines de la techno de Detroit. Le climax trouve son envol avec le chamanisme de Ritual, mais aussi avec le baiser doux-amer d’Alien, en featuring avec Coby Sey. Strange With You et AAID prolongent l’épopée tandis que Rebel clôture l’album sur l’affirmation d’une attente, dont on espère que le dénouement sera au moins aussi brillant que celui-ci.

Ce nouveau projet marque également sa deuxième collaboration avec Balázs Simon, réalisateur hongrois auteur du clip Wurlitzer, plusieurs fois primé (Berlin Music Video Awards, London Short Film Festival, Dublin International Film Festival…). Encore une fois la magie opère, avec le single Angel In Disguise, les artistes participent à la dénonciation de notre médiocre relation à la Terre, remettant en question notre non-respect à Mère Nature. Balázs Simon intervient également, et de façon plus expérimentale, en 3D, sur le morceau AAID.

Questions / Réponses

Cyprien.Rose. Pouvez-vous nous parler du processus de création de ce nouvel album ?
Leifur.James. Après le premier disque, j’ai assez rapidement été attiré par l’écriture d’un nouveau. En regardant en arrière, A Louder Silence était en quelque sorte un mix, a la fois un lieu d’écoute et un territoire de guérison fait de sons variés. j’ai voulu dire autre chose avec celui-ci; notamment d’où je viens musicalement, ayant grandi à travers l’ère de la UK bass au Royaume-Uni, écoutant des labels et des stations comme Hessle Audio, Swamp 81, Rinse FM. J’avais aussi traversé une période différente de la vie, donc cette histoire est différente.

C.R. Quelle a été la chose la plus difficile que vous avez affronté dans sa conception ?
L’été 2019, alors que je jouais au festival Electric Castle en Roumanie et que j’avais pratiquement terminé l’album, j’ai perdu mon disque dur… La veille, je jouais à Leeds, au Royaume-Uni, et je voyageais seul avec mes synthés et mon équipement… Je crois que j’ai tourné de cette façon un bon moment, en oubliant évidemment de sauvegarder le disque dur. L’album entier a donc été perdu avec ce disque dur, et j’ai dû tout recommencer. Il s’avère que ce fut une bénédiction, car je pense que je l’ai mieux écrit la seconde fois. Ce n’est pas la raison du choix du titre, mais cela lui donne un sens supplémentaire, car à l’époque, ce fut quelque chose d’assez difficile à avaler !

C.R. On entend régulièrement des artistes faire des comparaisons entre l’action de composer de la musique et celle de peindre un tableau, voire encore de cuisiner… Ce qui revient à dire, avoir du matériel, l’organiser et harmoniser l’ensemble pour atteindre une certaine saveur, développer une teinte unique. Comment peignez-vous votre musique ?
L.J. J’ai toujours aimé les contrastes, comme entendre des choses là où on ne les attend pas nécessairement. Par exemple, musicalement, cela peut être l’idée d’une balade placée au milieu d’un set électronique, où après toute l’énergie de la bass music, de la dance music, on a ce message un peu brut que seule une voix humaine peut apporter. J’avais l’habitude de peindre quand j’étais à l’école et, entre les choses que je peignait à l’époque et la musique que je fais désormais, j’ai vu des similitudes, c’est d’ailleurs intéressant que vous me posiez cette question, peut-être que je suis plus prévisible que je ne le pense…

C.R. De la même manière que le théâtre nous aide à nous affirmer, pensez-vous que composer de la musique vous aide à évoluer et à mieux vous comprendre ?
L.J. Je suppose que oui, mais il faut plus que de la musique pour comprendre qui l’on es.

C.R. Écoutez-vous d’autres musiciens lorsque vous travaillez sur un projet ? Lesquels vous inspirent le plus, et pourquoi ?
L.J. Ceux qui font l’inattendu, et qui font preuve de courage.

C.R. De nombreuses personnes ont rencontré, ou rencontrent, des difficultés lors de cette période de confinement, au point même d’en être bouleversé·e·s. Des gens comme des écrivains et des compositeurs ont cependant l’habitude de s’isoler sur des périodes plus ou moins longues pour créer. Je ne veux pas dire qu’aucun n’en souffre, mais peut-être sont-ils davantage prêts pour affronter ce type d’événement. Est-ce votre cas ? Que pensez-vous de tout cela ?
L.J. J’avais hâte d’être avec les gens après avoir écrit pendant un certain temps, donc tout cela a été un défi, mais il y a des apprentissages plus importants en ce moment, bien plus importants que nos propres sentiments.

C.R. Mis à part votre propre musique, quels conseils d’écoute donneriez-vous aux personnes encore en confinement ?
L.J. Coby Sey, qui figure sur l’album. Nous avons passé une journée à Lewisham dans son studio, il n’y a pas si longtemps. Nous avons longuement parlé de ce que nous pensions de la musique, et on a enregistré quelques trucs… Sa pensée n’est pas conformiste, il essaie toujours de faire les choses un peu différemment. Écoutez-le !

C.R. Qu’est-ce qui vous rends heureux ?
L.J. Probablement les mêmes choses que vous.

Tournée annoncée pour Octobre 2020

Comme l’ensemble des artistes ces temps-ci, Leifur James est impatient de retrouver son public. Son prochain live se fera le dimanche 19 juillet, en ligne, pour la première fois chez Boiler Room, offrant ainsi un avant-goût d’une prochaine tournée qui doit débuter en octobre 2020 au Melkweg d’Amsterdam, avant de se rendre au Village Underground de Londres, puis à l’AB de Bruxelles, et au Burg Schnabel de Berlin.

Sat 3 Oct – MELKWEG, Amsterdam, NL
Wed 7 Oct – Village Underground, London, UK
Thu 8 Oct – AB Club, Brussels, BE
Sat 10 Oct – Burg Schnabel, Berlin, DE

Vous trouverez Leifur James sur :
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Fondateur de Houz-Motik, coordinateur de la rédaction de Postap Mag et du Food2.0Lab, Cyprien Rose est journaliste indépendant. Il a collaboré avec Radio France, LUI, Tsugi, Le Courrier... Noctambule, il œuvre au sein de l'équipe organisatrice des soirées La Mona, et se produit comme DJ depuis la fin des années 80.

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