Robohands poursuit son déplacement lent mais assumé vers une musique moins policée, plus directe, presque tactile. Enregistré entre Chicago et Londres, Oranj revendique une relation franche au jeu, au matériel analogique et à l’imprévu, quitte à perdre un peu de confort en route
Sixième chapitre d’un cycle de 7 albums, Oranj se distingue par une esthétique plus brute et un rapport plus ouvert au temps et à l’espace. Ce disque singé Robohands regarde autant vers le jazz fusion des années 1960–1970 que vers certaines abstractions électroniques plus modernes, sans jamais trancher complètement ; un album de transition, mais aussi de mise à nu…
Un disque enregistré à hauteur d’homme
Robohands DR
Oranj a été conçu comme un terrain de jeu réel, pas comme un objet de laboratoire. Les prises analogiques, les bandes deux pouces, les amplis Fender et l’orgue Hammond avec Leslie ne sont pas là pour fétichiser le vintage, mais pour imposer une contrainte physique au son. Cette matérialité se ressent immédiatement : les morceaux respirent, parfois trop, parfois juste assez. L’album accepte ses aspérités. Entre références assumées et zones floues : certaines influences sont lisibles, presque frontales. 1989 évoque clairement l’ombre de Boards of Canada, tandis que One Good Deed Every Day rappelle le dépouillement jazz contemporain d’un Robert Glasper. Ces clins d’œil fonctionnent, mais restent périphériques : Oranj ne cherche pas la citation, plutôt une ambiance, voire une méthode.
« The Robohands project moves into more risk taking live and spontaneous direction with Oranj, and sonically it sits as the most raw and defiant sounding record so far. » — Notes de présentation
Une narration volontairement instable
Robohands DR
L’album alterne pièces très construites (Leonid The Athlete), élans presque nerveux (Achilles) et plages plus retenues (Regular Exercise). Cette instabilité est renforcée par le choix de deux ingénieurs du son, aux approches distinctes. Le contraste est parfois déroutant, mais cohérent avec l’idée d’un disque qui refuse l’uniformité. Un tournant plus qu’un aboutissement ? Présenté comme le disque le plus « raw and defiant » du projet, Oranj n’est pas un sommet définitif. C’est plutôt un point de bascule, Robohands y teste ses limites, accepte la prise de risque et laisse apparaître une forme de vulnérabilité sonore.
Tout n’est pas également marquant, mais l’ensemble trace une direction crédible. Oranj n’est pas un disque de démonstration, mais un disque de trajectoire. Il documente un moment où Robohands choisit l’inconfort créatif plutôt que la répétition maîtrisée. La suite dira si ce pas de côté devient un nouvel axe durable, ou un simple moment de friction nécessaire.