Compilation Family Affair Vol. 5

Family Affair Vol. 5, chez Razor-N-Tape, l’art discret de la compilation

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À l’heure où la house se dissout dans les flux continus et les playlists interchangeables, Razor-N-Tape persiste avec un format que beaucoup jugent marginal : la compilation. Family Affair Vol. 5 ne cherche ni l’effet de masse ni la démonstration. Elle documente un réseau, des pratiques, une continuité

Cinquième volume d’une série annuelle installée dans le paysage, Family Affair Vol. 5 assemble figures établies et voix plus récentes autour d’une même idée : la house comme espace commun. Entre un vinyle resserré et une version digitale plus ouverte, Razor-N-Tape, label fondé par JKriv and Aaron Dae, propose moins un panorama qu’un point de situation…

La compilation comme outil, pas comme vitrine

Photo DAISYBELLE
Daisybelle DR

La compilation n’est plus un passage obligé. Trop lente, trop large, pas assez compatible avec les usages actuels. Razor-N-Tape prend le contre-pied. Family Affair Vol. 5 assume la juxtaposition, le contraste, le temps long. Ce n’est pas un résumé de l’année ni un catalogue de styles. C’est une sélection située, pensée comme un objet d’écoute autant que comme un document. Le titre parle de lui-même. “Family” ne renvoie pas ici à une posture affective, mais à un mode de fonctionnement : des artistes qui se croisent, se répondent, parfois se retrouvent des années plus tard sur un même disque.

Trois approches, une même logique : le vinyle pose le cadre. Six titres, aucune dispersion. Recloose ouvre avec Dance Girl, relecture étirée d’un classique des Rimshots, enregistrée sur une longue période et plusieurs territoires. Une house travaillée par le temps, par le live, par la collaboration. À ses côtés, Medlar et Daisybelle livrent Body Ache. Groove direct, tension maîtrisée, efficacité sans surcharge. Une pièce pensée pour le club, mais qui évite l’effet immédiat. L’edit disco signé Anoraak (Disco) et la contribution de Marina Trench complètent l’ensemble. Pas de nostalgie appuyée, pas de modernisme forcé. Juste des formes qui dialoguent.

« As always, it’s a wide-ranging collection of vibes and grooves from the extended international Razor-N-Tape network. » — notes de label, Family Affair Vol. 5.

Deux formats, deux usages

Photo PETER MATSON
Peter Matson DR

La différence entre vinyle et digital n’est pas anecdotique. Le premier agit comme une prise de parole éditoriale claire, presque compacte. Le second élargit le cercle : dub, acid, soul, downtempo. Il montre l’étendue du réseau Razor-N-Tape sans chercher à le synthétiser. Cette distinction dit beaucoup du label. Pas de hiérarchie de valeur, mais une hiérarchie d’usages. Le disque circule entre l’écoute domestique et la cabine DJ, sans assignation stricte.

Une continuité sans déclaration : Razor-N-Tape ne fonctionne ni par rupture spectaculaire ni par grands discours. Le label avance par choix répétés, par fidélité aux personnes, par ajustements successifs. Family Affair Vol. 5 ne prétend pas définir la house contemporaine. Il montre comment un label peut encore jouer un rôle de liant, sans bruit excessif. Dans un paysage saturé de sorties instantanées, Family Affair Vol. 5 rappelle une évidence souvent oubliée : la compilation peut encore faire sens, à condition d’être pensée comme un espace partagé, pas comme une vitrine exhaustive. Un disque tenu, cohérent et profondément habité.

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