Derrière goodbye, world! se cache un disque discret, presque murmurant, mais chargé d’un poids émotionnel réel. Ce nouvel album de miffle s’avance sans discours théorique ni posture spectaculaire. Juste des sons, des boucles, des fragments
Album de deuil sans pathos, goodbye, world! de miffle explore la répétition comme état mental : souvenirs qui reviennent, images figées, temps suspendu. Une œuvre lo-fi, ambient et électroacoustique, pensée comme un espace d’écoute fragile, où la mémoire ne progresse pas en ligne droite mais tourne en rond. Un disque qui n’explique rien, mais qui raconte, comme une clé laissée sur la table : life is so beautiful in the rearview, everything in frozen white and very still…
My mind is a tape loop

La phrase n’est pas un slogan. my mind is a tape loop apparaît comme une auto-définition intime, partagée par l’artiste sur ses espaces personnels. Elle résume pourtant l’architecture entière de l’album. Ici, la boucle n’est pas un procédé esthétique cool ou rétro. C’est une contrainte mentale. Un mécanisme intérieur : la pensée revient, insiste, se dégrade légèrement à chaque passage. Les morceaux avancent par répétitions imparfaites, nappes usées, résidus mélodiques. Rien n’explose. Rien ne se résout. Le son agit comme une mémoire magnétique, il garde la trace, mais l’abîme en même temps.
Les titres parlent d’eux-mêmes : static snow, digital blizzard, cold concrete glows under the moonlight. Tout est immobile, blanchi, ralenti. Le disque donne l’impression d’un paysage urbain vidé de ses corps, où les sons persistent comme des fantômes. Le silence n’est jamais total ; il est habité de grains, de souffle, de parasites doux. On est loin d’un ambient décoratif. Chaque texture semble porter une charge affective, comme si le son lui-même hésitait à disparaître. Certaines pièces sont très courtes, presque esquissées ; d’autres, plus longues, s’étirent jusqu’à l’épuisement. Cette inégalité n’est pas un défaut, elle reflète une mémoire qui ne se déploie pas de manière homogène.
« i’m dedicating this album to my dear friend c, who passed away on 7th april 2023 – he was always super supportive and really enthusiastic to hear any music I made. i miss you so much » — miffle
Losing Interest in the Things That You Love

Au cœur de l’album, une dédicace simple, frontale : l’œuvre est dédiée à un ami proche, disparu le 7 avril 2023. Rien de plus. Pas de récit. Pas d’anecdote. Cette absence de commentaire est éloquente. goodbye, world! ne cherche pas à raconter une histoire de deuil, mais à en restituer la sensation : la perte d’élan, la fixation sur certains souvenirs, l’incapacité à passer à autre chose. Les sons sont tous joués, enregistrés et transformés par miffle lui-même. Même chose pour l’artwork. Ce choix radical renforce l’impression de huis clos émotionnel : aucune médiation, aucun filtre extérieur. Le disque se replie sur lui-même, comme l’esprit qu’il décrit.
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Goodbye, World! Dernier morceau, dernier geste. Le titre pourrait suggérer une fin définitive, mais le disque ne ferme rien. Il boucle. Comme une cassette qui arrive en bout de bande et repart. Goodbye, world! n’est pas une sortie, mais un arrêt sur image. Un moment où le temps refuse d’avancer. Ce disque demande peu, mais exige une chose : de l’attention. Pas une écoute distraite. Une présence. Ceux qui chercheront des structures claires ou des montées spectaculaires passeront à côté. Les autres y trouveront une œuvre fragile, honnête, parfois inconfortable, qui assume la répétition comme forme et comme état. La mémoire ne s’efface pas toujours. Parfois, elle tourne en boucle. Et il faut apprendre à écouter ce bruit-là.


