The White Album de MOAR4 min de temps de lecture

© MOAR

 

 
Avec plus de 20 millions d’exemplaires écoulé, difficile de ne pas penser aux Beatles lorsqu’on évoque « The White Album ». En 2013 on découvrait Rutherford Chang. Cet artiste et collectionneur achète les White Albums qu’il trouve, et décide d’exposer sa collection dans une galerie New-Yorkaise transformée pour l’occasion en boutique de disques. Depuis sa collection augmente et son expo tourne dans le monde, avec pour slogan “chaque pochette raconte une histoire”.

 

« The White Album » existe pourtant au-delà de l’histoire de l’un des premiers boys band du 20e siècle (on va se faire des amis là), et plus particulièrement son titre. C’est le cas avec le dernier disque de Moar, également son premier album uniquement instrumental. DJ et producteur, celui que l’on a rencontré en 2011 lors d’une tournée avec Raashan Ahmad est comme une passerelle entre le passé et le futur mais n’y voyez aucun lien avec “The Fab Four”. Son « White Album » est une invitation au voyage, tant dans le temps qu’à travers les cultures (Afrique, Asie et Amérique) :

 

“ Je voulais simplement proposer un disque vinyle tout blanc et du coup l’idée de ce nom me plaisait bien. Ce disque est née d’une envie simple, partager l’idée que je faisais encore des Beats Hip-Hop, car ces derniers temps il est vrai que je n’avais pas partagé grand-chose à ce sujet, alors qu’en studio je bosse toujours là-dessus ! ”.



Avec un papa musicien et un oncle DJ, on comprend rapidement que ses influences trouvent leurs racines à travers sa collection de vinyle débutée il y a un peu plus de 20 ans, plutôt orientée musique noire dans des registres tels que le funk, le disco, le jazz et la soul, et le bon vieux hip-hop des années 90… Le résultat ? une hybridation hip-hop, nu-funk et nu-soul sous la forme de beats, au nombre de 20 sur ce disque. Artiste complet, Jérôme Jay (Moar) peaufine son travail jusqu’à l’artwork de la pochette, il dessine le tampon utilisé pour fabriquer cette série limitée de 200 vinyles numérotés sur wax blanche. Le LP est disponible sur la plateforme Bandcamp au tarif de 15 Euro (ou plus pour ceux qui le souhaitent), en ce qui concerne le format digital, le prix est laissé au choix avec zéro pour grand minimum.

 

Dans son studio le producteur navigue entre Maschine, Ableton, sp404, micro korg et ses bons vieux vinyles… Le “beatmaker” emprunte donc des échantillons sonores à sa collection de vinyle, c’est ce que l’on appelle le “sampling”. Ainsi, sur le nouveau disque de Moar se côtoient samples et mélodies jouées au clavier par l’artiste. Si certains de ses confrères déclarent les sons utilisés (clearance) d’autres s’en tiennent à un “tribute” (hommage), pas toujours annoncé, avec cet hypothétique risque que les ayants droit réclament leur dû, si toutefois l’échantillon est reconnaissable. La vision de Moar à ce sujet ? Allez droit au but :

 

“ Pourquoi parfois déclarer des morceaux qui resteront pratiquement dans l’anonymat ? Si jamais ça explose, comme certains de mes confrères me le conseillent nous déclarons ça, tout simplement ”.

 

10 Years Trade Vibe Party © MOAR


La façon de consommer de la musique évolue et la plupart des producteurs s’adaptent. Le dernier album de DJ CAM se compose de plusieurs morceaux courts, l’une des dernières productions de DARKEL est un EP de 4 titres plutôt extended… Loin des réflexions économiques et administratives, Moar préfère aborder le marché à sa manière :

 

“ j’essaie juste de me faire plaisir et de partager ce plaisir avec d’autres personnes ”.

Plaisir partagé ! On navigue d’un registre à l’autre sans aucun dommage collatéral, le beatmaker régale l’auditeur comme le danseur, on pense tout particulièrement à son ouverture réussie sur l’orient avec Cache Cache Oriental et Razzia Au Caire ! Dans un autre domaine, au rayon fraîcheur on a littéralement scotché sur deux morceaux courts, What What et Exotica Mood, écoute en mode “loop” fortement recommandée ! 




Dans les cartons de Moar un autre projet devrait également nous faire plaisir, il peaufine un album avec des « featurings », dont la particularité est légèrement entamée avec « The White Album », un disque dont tous les morceaux seront cette fois certifiés sans aucun sample ! En attendant, on se reprend une part du passé, avec l’un de ses remixes pour Raashan Ahmad, enjoy…