Cinquième plongée dans les marges de la pop francophone, Wizzz ! Volume 5 poursuit son travail de sape : exhumer des chansons trop étranges pour les hit-parades, trop libres pour les formats radio, trop corrosives pour durer. Entre fuzz sauvage, humour acide et micro-contestations, ce nouveau volume éclaire la fin des sixties et le début des seventies, quand la chanson française s’autorise enfin à perdre le contrôle
Plus qu’une compilation, Wizzz ! Volume 5, chez Born Bad, agit comme une archive sensible d’un âge où la pop française testait ses limites. Ces morceaux, souvent éphémères, racontent une époque de liberté créative, d’ironie politique et d’expérimentations sonores. Une mémoire parallèle, fragile mais essentielle, qui continue de résonner aujourd’hui…
La marge comme terrain de jeu
Wizzz Volume 5 DR
Ce qui frappe d’emblée dans ce cinquième volume, c’est l’absence totale de calcul. Les titres sélectionnés ne cherchent ni la durée, ni la conformité, ni même parfois la cohérence. Ils avancent par à-coups, portés par des idées trop grandes pour leur époque. Le fuzz y devient un outil de sabotage joyeux, le jerk une arme de contestation déguisée, l’humour un moyen de dire ce qui ne passe pas ailleurs. Ces chansons ne documentent pas une scène, mais une attitude. La pop y est kaléidoscopique, bricolée, instable, mais étonnamment vivante.
Plusieurs trajectoires racontées ici ont un point commun : elles s’arrêtent net. Robert Pico, par exemple, traverse les années 60 comme un satellite discret. Auteur, compositeur, connecté à toute une faune parisienne, il enregistre, compose pour d’autres, obtient même une reconnaissance institutionnelle, avant de quitter le jeu. Son parcours illustre une vérité crue : le talent ne suffit pas, surtout quand il refuse les compromis. Même logique chez Jim Larriaga, alias Spauv Georges. Ses premières chansons, grinçantes et dépressives, passent à la télévision mais ne trouvent pas leur public. Trop en avance, trop ironiques, trop décalées.
« En marge des hit-parades, ces chansons révèlent une autre histoire de la pop française : celle que l’industrie, la censure et le bon goût ont préféré taire. » — Houz-Motik Magazine
Pop, satire et société de consommation
Wizzz Vol 5 DR
La compilation excelle lorsqu’elle touche à la satire sociale. Certaines chansons attaquent frontalement la publicité, la norme, le désir fabriqué. Dans La Femme Faux-cils, interprétée par Annie Girardot pour le film Erotissimo, la pop devient miroir ironique d’une société obsédée par l’image. Légèreté apparente, critique réelle. Ailleurs, la contestation est plus absurde, presque surréaliste. Elle passe par des textes volontairement maladroits, des arrangements excessifs, des situations inconfortables. Ce sont des chansons qui ne cherchent pas à convaincre, mais à perturber.
Certaines pièces de Wizzz ! Volume 5 portent encore les traces d’une époque où l’on censurait vite.Jean-Pierre Lebrot-Millers en fait l’expérience directe, interdictions d’antenne, rupture avec sa maison de disques, reconversion forcée. Sa trajectoire rappelle que la pop française expérimentale ne disparaît pas par manque d’idées, mais par excès de friction avec le réel. Ces chansons racontent aussi l’histoire de ce qui aurait pu être, des carrières avortées, des esthétiques sans lendemain, des pistes jamais suivies. Autant d’angles morts du récit officiel. Wizzz ! Volume 5 ne cherche pas à réhabiliter à tout prix. Il documente. Il montre. Il laisse entendre. Ces titres ne sont pas des curiosités figées, mais des fragments encore actifs, capables de dialoguer avec notre présent saturé de formats et de normes. La série Wizzz ! rappelle une chose simple : la pop française n’a jamais été aussi sage qu’on aime le raconter. Il suffit de creuser un peu.