Fernando Perales, alias Mi Cosa de Resistance, revient à l’os. Land, paru le 20 février 2026 sur Driftworks, s’enracine dans la guitare acoustique. Peu d’effets. Peu d’ajouts. Juste un cadre, un souffle, une écoute attentive ; l’ambient se fait clairière
Pensé comme une réponse lointaine à The Cabaret Sadness Social Club, l’un de ses premiers jalons, Land assume la retenue. Guitare simple, sûre d’elle. Piano rare. Lit sonore discret. L’ensemble s’écoute comme une bande originale sans film, un territoire mental où chaque note compte. Cette œuvre de patience, signée Andrew Heath & Mi Cosa de Resistance, ouvre vers un ambient plus tactile, plus incarné…
Retour au bois, retour au geste

Le dialogue n’est pas neuf. Dispatches avec Anne Chris Bakker, puis Café Tristesse, avaient déjà posé les bases : une guitare contenue, presque murmurée. Cette fois, la demande est explicite. Revenir à l’acoustique. Répondre à un disque ancien. Se confronter à soi-même. Les premières pièces frappent par leur évidence. Mélodies brèves. Harmoniques nettes. Jeu assuré. Rien d’ornemental. La confiance tient dans la respiration. On entend le bois, les cordes, la proximité. L’espace n’est pas vide. Il est tenu.
Encadrer le silence ? Autour de la guitare, un lit sonore très doux. Quelques phrases de piano, posées comme des pierres fines dans l’eau calme. Elles troublent à peine la surface. Elles dialoguent sans envahir. Le travail ne consiste pas à remplir, mais à contenir. À donner un cadre. L’ambient, ici, ne cherche pas l’ampleur spectaculaire. Il soutient, il protège. Il laisse la guitare parler. Chaque intervention compte. Chaque retrait aussi.
« La musique doit s’efforcer d’être silencieuse. » — Robert Bresson (Notes sur le cinématographe)
Wilderness intérieure
Pendant l’élaboration du disque, un film revient en boucle : Land, réalisé et interprété par Robin Wright. Solitude, nature vaste, reconstruction. Le titre s’impose. L’album devient alors bande originale imaginaire. Pas illustrative. Suggestive. On perçoit la lumière froide, le vent, la lenteur des gestes. La musique ne décrit pas un paysage. Elle en installe la sensation. Elle crée une chambre d’écho.
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L’objet comme prolongement : publié chez Driftworks, Land existe aussi en édition spéciale : livret 20 pages, étui fabriqué à la main. Photographies signées Kel Portman. Mastering assuré par Andrew Heath, figure respectée des sphères ambient et modern classical. Le soin matériel prolonge l’écoute. Même économie. Même attention. Rien de décoratif. Tout est question d’équilibre. Une ligne pour éclairer : cette phrase résonne ici avec une précision troublante. Land avance sans bruit. Il rappelle qu’une guitare, un souffle et un cadre juste peuvent suffire à dessiner un monde. L’horizon reste ouvert. À chacun d’y projeter sa propre traversée.


