Après l’impact limpide de Bar Mediterraneo, le duo napolitain revient avec un disque plus diffus. People Of The Moon élargit le spectre sans chercher la démonstration. Un album où le groove devient un terrain d’exploration plus qu’un point d’arrivée
Nu Genea prolonge sa signature en la fragmentant. Plus de langues, plus d’influences, plus de détours. Résultat : un disque plus nuancé qui privilégie les états intermédiaires entre funk, folk, danse, introspection et dérive méditerranéenne…
Une cartographie qui se brouille

La promesse d’un voyage “au-delà des colonnes d’Hercule” pose un décor vaste. Là où Bar Mediterraneo dessinait une géographie claire, People Of The Moon préfère le flou. Naples reste en filigrane, mais diluée dans un ensemble plus large, moins ancré. Le disque avance par nappes, par glissements successifs, sans jamais vraiment fixer de centre. Ce choix impose une écoute différente, moins frontale. Les morceaux s’installent, prennent le temps. Tout ne s’impose pas immédiatement. Le groove, un outil plus qu’une finalité : Afro-cubain sur Celavì, zurna anatolienne sur Ma Tu Che Bbuò, incursions highlife, brit-funk ou flamenco, l’album accumule les références. Par moments, la mécanique paraît plus conceptuelle qu’organique. Onenon, avec Tom Misch, trouve une ligne claire, presque évidente. Une basse, une respiration, et le morceau tient sans effort. Cette justesse n’est pas constante, mais elle rappelle ce que le duo sait faire de plus précis, simplifier sans appauvrir.
“Music is a language that connects people beyond borders.” – Nu Genea
Langues croisées, identité en tension
Neapolitain, arabe, espagnol, portugais, anglais : le disque circule sans hiérarchie. L’intention est cohérente, décloisonner les formes, créer un langage commun par le rythme. Reste une limite, tout ne dialogue pas toujours avec la même intensité. Acelera, porté par María José Llergo, installe une tension crédible entre lenteur et impulsion. À l’inverse, Shway Shway étire une douceur qui frôle parfois l’inertie. Une esthétique du contrôle, qui évite l’excès mais s’interdit aussi le débordement.
• À lire aussi sur Houz-Motik : le souffle ancien du Begena

Danser sans exploser ? Ici, la danse n’est pas un exutoire mais un processus. Pas de montée spectaculaire. Puleza fait exception, retrouvant une énergie plus directe, presque physique, qui rappelle l’efficacité de Nuova Napoli. Mais globalement, le disque préfère les transitions aux impacts. Cette retenue construit une cohérence. People Of The Moon ne cherche pas à séduire immédiatement. Il propose autre chose, une écoute en suspension, où le mouvement existe sans jamais s’imposer. Entre précision et dérive maîtrisée, Nu Genea s’installe dans le paysage disco folk avec un zest de danse en apesanteur.



