Avec Fondness, Etc., Shakey Graves ralentit le mouvement. Le songwriter texan abandonne une partie des grands espaces américains qui ont façonné son identité pour revenir vers plus d’intimité, de fragilité. Un disque fait de silences, et de textures analogiques, mais aussi de souvenirs qui se fabriquent au présent
Paru le 15 mai 2026, Fondness, Etc. ressemble à un carnet sonore laissé ouvert sur une table de nuit. Alejandro Rose-Garcia, le véritable nom de Shakey Graves, y travaille l’imperfection comme une matière sensible : guitares poussiéreuses, voix proches du souffle, arrangements lo-fi, détails accidentels. Derrière cette apparente simplicité, le disque interroge discrètement notre manière de retenir les instants, avant qu’ils ne disparaissent…
Le retour au bois, au souffle et à la bande

Depuis ses débuts, Shakey Graves navigue entre folk américain, blues artisanal et pop alternative bricolée. Mais Fondness, Etc. marque une rupture plus nette. Ici, les morceaux semblent enregistrés dans une lumière tamisée, loin des productions trop propres. Les textures analogiques dominent. Les prises gardent leurs irrégularités. Le craquement devient presque narratif.
Cette approche donne au disque une sensation de proximité rare. On entend les espaces, l’air, parfois même l’hésitation. Comme si Rose-Garcia cherchait moins à produire un album qu’à préserver une émotion avant son évaporation.
Une nostalgie qui arrive avant la disparition

Le cœur du disque se situe probablement là, cette impression que les moments heureux deviennent déjà des souvenirs pendant qu’on les vit. L’amour, la paternité, le temps qui file ou les petites scènes ordinaires prennent ici une dimension flottante, presque mélancolique mais sans jamais sombrer dans le pathos ; des tranches de vie, comme si vous y étiez…
Shakey Graves résume lui-même cette sensation dans une interview accordée à People en mai 2026 : « The songs all have a sense of real-time nostalgia where I feel like everything is slipping through my fingers, but in a positive way. » Une phrase qui éclaire tout l’album. Fondness, Etc. ne parle pas seulement de mémoire. Il parle de conscience du temps.
« The songs all have a sense of real-time nostalgia where I feel like everything is slipping through my fingers, but in a positive way. » – Shakey Graves
Des chansons qui préfèrent murmurer
Musicalement, le disque refuse les grands gestes. Les morceaux avancent par petites touches : une guitare spectrale, un motif répétitif, une voix légèrement voilée, des arrangements qui semblent parfois inachevés volontairement. Cette économie produit pourtant une forte densité émotionnelle.
L’album rappelle par moments certaines approches lo-fi contemporaines américaines, où l’intimité devient une esthétique autant qu’un langage. Mais Shakey Graves garde une singularité importante, il conserve un sens très organique de la chanson folk, même lorsqu’il déconstruit ses contours.
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La beauté des choses imparfaites

Ce qui frappe finalement dans Fondness, Etc., c’est sa manière de défendre l’inachevé. À l’heure des productions hypercompressées et des émotions calibrées, Shakey Graves laisse entrer les défauts, les respirations et les accidents dans ses chansons. Comme si la sincérité passait précisément par ces failles-là.
Le disque ne cherche pas à impressionner, il préfère installer une présence discrète, durable, presque tactile. Une musique qui semble enregistrée pour rester proche des corps et des pièces habitées, plutôt que pour remplir l’espace. Avec Fondness, Etc., Shakey Graves signe un disque qui regarde les petites choses sans ironie ni grandiloquence. Et dans cette époque saturée de vitesse, cette retenue finit par devenir un geste presque radical.


