Avec Flirty Ghost (Délicieuse Records – 2025), Rachel Kitchlew déplace clairement son centre de gravité. La harpe n’est plus un objet à préserver, mais une matière à faire circuler. Enregistré de nuit à Londres, dans une atmosphère relâchée et volontairement poreuse, l’album navigue entre jazz, ambient et formes expérimentales, sans chercher l’épure ni l’effet
Avec Flirty Ghost, Rachel Kitchlew signe un disque de transition assumée, où la harpe cesse d’être un centre pour devenir un point de passage. Enregistré de nuit à Londres, dans une atmosphère volontairement relâchée, l’album privilégie l’état, le climat, la circulation des idées plutôt que la forme fermée ou la démonstration instrumentale. Jazz, ambient et gestes expérimentaux s’y croisent sans hiérarchie, portés par un travail collectif qui accepte l’inachevé et le flottement. Certains morceaux s’effacent presque, d’autres laissent affleurer une charge émotionnelle plus nette, notamment dans Truncate et Cyclical, marqués par un contexte intime. Flirty Ghost pose les bases d’un nouveau territoire, fragile mais cohérent, où l’écoute consciente est une entrée…
Une harpe décentrée
Josh McClorey DR
Ici, la harpe ne domine pas. Elle s’insère, se retire, se laisse contaminer par les claviers, les cuivres, les rythmes. L’ombre de Dorothy Ashby plane, sans citation directe ; celle de Henry Mancini se devine dans le goût pour les climats évocateurs. Le disque privilégie l’atmosphère à la démonstration, au risque, parfois, d’un certain flou formel. Rachel Kitchlew est accompagnée de Josh-McClorey, Sholto et David Bardon. L’enregistrement est un espace vécu, capté tard, à SFJ Studios. Flirty Ghost repose sur une sensation de lieu plus que sur une construction théorique. Rien n’est surproduit, rien n’est figé. Cette économie du geste donne de la présence, mais demande une écoute patiente : l’album ne cherche pas l’impact immédiat.
“I wanted the harp to feel less precious, more alive, like it could flirt, disappear, come back wrong.” — Rachel Kitchlew, 2025
Là où l’émotion affleure
Rachel Horton-Kitchlew DR
Truncate et Cyclical constituent le cœur émotionnel du disque. Enregistrés peu après la disparition de la grand-mère de Rachel, ces morceaux évitent tout pathos. Le Wurlitzer d’Alexis Taylor densifie l’espace sans jamais l’alourdir. Le silence, ici, fait partie du jeu… Le collectif comme prise de risque : trompette, batterie, interventions multiples, Flirty Ghost marque une sortie assumée du tête-à-tête avec l’instrument. Tout n’est pas également abouti, certaines idées restent à l’état d’esquisse, mais l’ensemble tient par une cohérence claire, accepter l’inachevé comme moteur. Flirty Ghost n’est ni un aboutissement ni une déclaration. C’est un disque de déplacement, parfois fragile, souvent juste. Un point d’équilibre provisoire, et une base solide pour la suite.