LP L'aube dissout les monstres

Quand l’aube ronge les ombres : Cérémonie face au vertige du jour naissant

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Avec L’aube dissout les monstres, Cérémonie avance comme on traverse un seuil : un pas encore dans la nuit, un autre déjà dans une lumière fragile. Le trio poursuit son travail sur les zones liminales, ces instants où le désir se mêle au vertige, où l’amour frôle la disparition et où la chair et le spectre cohabitent

Le premier long format de Cérémonie, à paraître le 9 janvier 2026 chez Enfant Terrible, semble prolonger l’équation déjà esquissée sur Orion : des voix mêlées comme deux ombres qui se cherchent, des synthés qui taillent un paysage tremblant, des guitares réverbérées qui ouvrent un espace hanté. À travers dix fragments, le groupe semble composer une élégie moderne, habitée par l’idée de fin, de transformation et d’amours fissurées, dans un registre à la croisée de la chanson nocturne, de la cold wave et d’un romantisme classique. L’aube dissout les monstres s’annonce comme une œuvre de dissolution lente, à la fois intime, romantique et parcourue de tensions électriques…

Les seuils comme territoire

Photo Cérémonie
Cérémonie DR

On retrouve dans cette nouvelle livraison la signature du groupe : une fascination pour l’instant où tout vacille… Les voix glissent l’une contre l’autre sans jamais s’annuler, comme deux lignes de fuite. À mesure que les morceaux se dévoilent, quelque chose s’étire entre gravité et appel d’air. La musique s’installe dans une tension narrative, la fragilité comme moteur, et l’intime comme lieu de friction. Dès Cavale, premier extrait, une direction se dessine. White Light / White Heat parlait d’un morceau « mélancolique, menaçant, mais enveloppé d’éclosions de couleur qui prennent leur temps », formule qui résume assez bien la dualité recherchée par Cérémonie. L’amour y est une force instable, parfois douce, parfois tranchante. Cette oscillation semble irriguer le reste du disque : un mouvement entre ce qui se dit et ce qui se dérobe, entre invocation et abandon, entre battement organique et pulsation suspendue.

« Cérémonie réinterprète la cold wave comme une matière vivante : poreuse, mouvante, traversée d’un romantisme électrique. » — Houz-Motik Magazine

Un romantisme travaillé à l’électricité

Photo Cérémonie
Cérémonie DR

Si ce registre, plus largement associé à la vague des années 80, semble avoir perdu de sa visibilité auprès du grand public, il continue pourtant de respirer à travers son romantisme ténébreux et ses sources littéraires ; un moteur toujours actif chez Cérémonie. L’album s’appuie sur une production qui privilégie la densité émotionnelle au clinquant. Les synthétiseurs étirent l’espace, les guitares cherchent la fissure, les rythmes avancent comme une respiration heurtée. Le mixage signé Jonas Wehner et Friedrich Brückner (Haunted Haus Studios) laisse circuler les ombres et la lumière sans hiérarchie rigide, ce qui renforce l’impression d’un territoire mouvant. Ici, la cold wave circule comme une mémoire transformée, jamais citée frontalement, mais constamment travaillée par l’électricité et la tension.

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L’aube, enfin… Dans les dernières pistes, une ligne se dessine entre lucidité et abandon. La dissolution évoquée dans le titre n’a rien d’une disparition pure : elle agit plutôt comme une clarification brutale. À mesure que l’album progresse, les ombres se déplacent, révélant un rapport au temps marqué par la perte, la jeunesse enfuie, le désir qui laisse des traces, la nécessité de faire face à ce qui échappe. Rien n’est résolu, rien n’est effacé : tout persiste dans une forme fantomatique, comme si l’aube servait moins à dissiper qu’à révéler ce qui restait tapi dans la nuit. L’aube dissout les monstres semble vouloir regarder en face ce que l’on préfère souvent laisser dans l’ombre. Un disque de passage, de tremblement et de dévoilement. Une manière, peut-être, de rappeler qu’à l’instant où la nuit se retire, rien ne disparaît vraiment, tout change simplement de forme, et cela suffit à éclairer le sentier.

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