Avec Buxtehude, Niagara ne rendent pas hommage, ils déplacent. Le trio revient chez Discrepant avec une œuvre sèche, patiente, presque architecturale, où l’ombre du compositeur baroque Dietrich Buxtehude agit comme un principe de construction plus que comme une référence historique
Niagara poursuivent leur exploration d’une musique minimale, électronique, organique et instable, où les cycles se déforment lentement.Buxtehude s’écoute comme un espace rigoureux, poreux, parfois austère mais traversé d’une chaleur discrète. Un disque qui exige du temps, et qui le rend autrement…
L’héritage sans la révérence
Niagara DR
Buxtehude n’est pas convoqué pour ses mélodies, ni pour sa dimension sacrée. Ce que Niagara retiennent, c’est une logique interne, la manière dont une forme peut se déployer sans narration explicite, par accumulation, tension, respiration. Comme dans certaines pièces d’orgue baroques, le mouvement ne progresse pas, il persiste. Ici, cette persistance passe par des motifs synthétiques bruts, des pulsations désaxées, des figures répétées jusqu’à la mutation. Une musique qui pousse de l’intérieur : le trio laisse la matière sonore s’organiser d’elle-même. Les synthés ne décorent pas, ils structurent. Les rythmes semblent souvent hors-grille, légèrement en retard ou en avance, comme s’ils refusaient toute métrique stable. Des fragments mélodiques apparaissent, s’effacent, puis reviennent altérés. Rien n’est souligné. Rien n’est expliqué. La clarté du disque vient précisément de cette retenue.
« Buxtehude was more about structure than ornament. That was our starting point. » — Niagara, entretien avec Discrepant.
Austérité habitée
Buxtehude peut paraître aride à la première écoute. Pas de climax, peu de contrastes spectaculaires, une dynamique volontairement contenue. Mais cette austérité est trompeuse. À mesure que l’oreille s’ajuste, une forme de chaleur se révèle, presque tactile. Les répétitions ne figent pas le temps, elles le déplacent, lentement, obstinément…
Niagara, fidèles à leur ligne. Ce nouvel album ne marque pas une rupture, mais un affinement. Niagara continuent de creuser leur langage : ludique sans ironie, rigoureux sans dogmatisme, minimal sans sécheresse. L’album s’inscrit dans une trajectoire cohérente, exigeante, où chaque disque semble moins vouloir convaincre que tenir sa position. Buxtehude ne cherche ni l’actualisation du baroque ni la fusion des genres. Il propose autre chose, une écoute lente, presque spatiale, où le passé devient un matériau abstrait. Une œuvre qui ne s’impose pas, mais qui insiste.