LP Du cortex à l'iris

« Du cortex à l’iris », par Étienne Jaumet : la transe intérieure

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Huit ans après 8 regards obliques, où Étienne Jaumet revisitait ses propres classiques de spiritual jazz comme des visions en suspension, le musicien revient avec un album enregistré dans la solitude fertile de son nouveau studio. Publié sur Versatile Records, ce disque poursuit une trajectoire singulière, celle d’un saxophoniste et architecte sonore qui transforme l’énergie de la musique électronique en expérience sensorielle

Avec Du cortex à l’iris, Étienne Jaumet approfondit un territoire qu’il explore depuis plusieurs années : une zone mouvante entre groove physique, abstraction hypnotique et paysages cinématographiques. Sorti chez Versatile, l’album agit comme un laboratoire intime où le geste musical précède parfois la pensée. Une approche instinctive qui prolonge l’histoire de la musique électronique française tout en ouvrant de nouvelles pistes pour la transe contemporaine…

Le laboratoire de Bagnolet

Photo Etienne Jaumet
Etienne Jaumet DR

Dans son studio Molière, à Bagnolet, Jaumet travaille seul. Il compose, joue et enregistre l’ensemble des morceaux lui-même. Ce cadre intime favorise une méthode presque artisanale, enregistrer vite, laisser les idées circuler, ne pas trop corriger… La palette sonore est dense : Modular 66, Yamaha CS01, TX816, ARP Odyssey, Roland TR808 ou SH-101, Korg Minipops, Linn Drum 2. À cette constellation analogique s’ajoutent l’alto Selmer, une flûte harmonique et la voix. Un arsenal familier chez Jaumet, mais utilisé ici avec une immédiateté nouvelle. Le mixage confié à Julien Haguenauer garde cette rugosité organique, machines et souffle du saxophone semblent avancer dans le même flux.

Entre groove animal et abstraction : la musique de Jaumet repose souvent sur une tension. D’un côté, un groove presque physique, proche de l’EBM ou des pulsations minimales. De l’autre, une dimension plus mentale, faite de nappes synthétiques et de lignes de saxophone qui dérivent lentement. Cette dualité constitue le cœur de Du cortex à l’iris. Les morceaux avancent rarement de manière frontale. Ils s’installent, tournent, s’épaississent. La transe apparaît progressivement, comme une spirale plutôt qu’un choc.

« To reduce the distance between my cortex and my senses, in order to compose mental images with sounds. » – Étienne Jaumet

La danse comme vision intérieure

Autrement dit, transformer le son en image mentale. Cette idée traverse tout l’album. On y entend des pulsations qui invitent au mouvement, mais aussi des fragments qui évoquent des paysages, presque cinématographiques. La danse devient alors une manière d’entrer dans ces visions.

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Photo Etienne Jaumet
Etienne Jaumet DR

Une trajectoire singulière ? Depuis ses débuts avec Zombie Zombie, puis ses collaborations avec Thomas de Pourquery, Étienne Jaumet développe un parcours difficile à classer. Jazz spirituel, krautrock, techno minimale, musiques de film : tout circule dans son univers. Avec Du cortex à l’iris, cette hybridation atteint un point d’équilibre particulièrement clair. La musique reste expérimentale, mais elle ne perd jamais le lien avec le corps. À la croisée du groove et de l’hypnose, Du cortex à l’iris confirme la place d’Étienne Jaumet parmi les explorateurs les plus singuliers de la scène électronique européenne, un musicien qui préfère laisser la transe émerger lentement, comme une image qui se forme derrière les paupières.

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