Trois ans après Source of Denial, disque frontal né d’un contexte politique contraint, Nihiloxica revient avec Denial of Source. Quatre remixes, quatre déplacements. Pas un simple appendice, plutôt une relecture nerveuse, où la matière initiale se déforme sans perdre sa densité
Ce format court ne cherche pas à rejouer l’impact de Source Of Denial (2023). Il en extrait des lignes de force, les confie à d’autres mains, et observe ce qui résiste. Entre abrasion, tension club et dérives plus expérimentales, l’EP de remixes agit comme un révélateur. Moins massif, mais plus fragmenté, il éclaire autrement ce que Nihiloxica, groupe de techno originaire du Buganda (Kampala, Ouganda), travaille depuis ses débuts : la contrainte transformée en énergie…
Une colère digérée, pas effacée

Source of Denial posait un cadre clair : celui d’un groupe freiné dans ses déplacements, confronté à des politiques migratoires qui affectent directement son existence. Le son suivait. Dense, métallique, presque suffocant par moments. Ici, cette charge ne disparaît pas. Elle se décale. Le temps a fait son œuvre. La tension reste, mais elle circule autrement, moins compacte, plus disséminée. Quatre lectures, quatre angles : Slikback pousse la matière vers une brutalité sèche, presque clinique. DJ Victor Falcão attrape Kudistro et le replie dans une logique funk brésilienne directe, rythmique, sans détour. Khalab étire les lignes, introduit une forme de flottement, une respiration instable. Elvin Brandhi, enfin, fracture davantage qu’elle ne reconstruit : voix, textures, chaos maîtrisé. Chaque remix ne trahit pas l’original. Il en isole une tension, puis la pousse.
“Our source material has been duly submitted, evaluated and processed.” – Nihiloxica
Un EP utile, mais pas décisif
Il faut être précis. Denial of Source n’a pas la puissance d’impact de l’album dont il est issu. Le format limite. Quatre titres, c’est peu pour porter un discours aussi chargé. Mais ce n’est pas l’objectif. L’EP fonctionne comme une zone de circulation. Une extension. Il montre que la musique de Nihiloxica supporte la translation, qu’elle peut changer de forme sans perdre son identité.
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Le fond reste politique, la forme devient jeu. Le communiqué du groupe joue avec le vocabulaire administratif. Acceptation, traitement, entrée sur le territoire. Ce n’est pas anodin. C’est une ironie froide, presque sèche. Une manière de rappeler que, derrière la musique, il y a des réalités concrètes : visas, frontières, délais. Ici, le remix devient presque un geste symbolique. Faire entrer d’autres artistes là où les corps, eux, sont parfois bloqués. Pas un sommet, pas un simple bonus non plus. Denial of Source agit comme une zone intermédiaire. Un espace où le son continue de bouger, pendant que le réel, lui, reste sous tension.



