LP TENTACLETEK

Los Pulpitos densifie le langage du poulpe synthétique avec « Tentacletek »

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Impulsion vitale : trois corps, une même traction. Felipe Salmon, Dirk Leyers et Eric “King” Owusu présentent Tentacletek. Le groupe Los Pulpitos gagne en épaisseur creuse et met sous pression une matière déjà bien agitée

Après Octopean Union, un EP court, dense et presque cartographique, Los Pulpitos étire ici son territoire. Tentacletek prolonge les lignes ouvertes, dub, broken beat, techno respirée, mais avec plus de masse, plus de profondeur. Les membres de Dengue Dengue Dengue et d’Africaine 808 dévoilent un disque cohérent qui confirme une écriture structurée…

Entrer sans frapper

Eric “King” Owusu
Eric Owusu DR

Changement d’échelle. Tentacletek ne synthétise pas, il étire. Là où l’EP restait lisible, presque pédagogique, l’album plonge dans une densité plus opaque. Pas d’attaque frontale, Mola Mola installe un climat, pas un pic. La rythmique circule, contourne, disparaît presque avant de revenir. Tout est affaire de circulation entre les courants marins. Une musique qui préfère infiltrer que s’imposer. Dès l’ouverture, le disque fixe son cap : tenir l’écoute dans un état intermédiaire, ni totalement ancré, ni totalement flottant… Ce qui tient l’ensemble ? la relation entre machines et percussions.

Eric “King” Owusu ne vient pas décorer. Il déstabilise. Il introduit du frottement, du décalage, une imprécision contrôlée qui empêche la boucle de devenir automatique. Les éléments se déplacent, se contaminent, se répondent. Le groove n’est jamais figé il se construit, se déforme pour mieux se restructurer. Les basses, elles, sont bien là. Denses. Profondes. Lab Lab les fait gronder, presque jusqu’à la saturation. Mais elles ne sont jamais seules. Autour, ça travaille fin, percussions fragmentées, textures qui vibrent, micro-variations constantes. Eric Owusu ne surjoue pas. Il fissure et injecte du vivant dans la mécanique. Ce détail change tout. Là où d’autres empileraient les couches, Los Pulpitos laisse respirer. Le résultat tient dans cet équilibre, puissance contenue et écriture mobile !

« We like music that feels alive, unstable – something that moves like water rather than hitting like a hammer. » – Dirk Leyers

Une géographie sans frontières fixes

Photo Felipe Salmon
Felipe Salmon DR

Impossible de fixer le disque sur une carte. UK bass, dub techno, cumbia, pulsations caribéennes : tout circule, rien ne s’arrête. ii ii ii brouille les pistes, navigue entre tension et relâchement. Catfishy pousse le déséquilibre, avec un groove irrégulier, presque bancal. Ce n’est pas un disque fonctionnel. Peu de morceaux sont faits pour “tomber juste” en club. En revanche, chacun installe une situation, un environnement. À l’écoute, ça demande un engagement, pas juste un passage.

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Photo Dirk Leyers
Dirk Leyers DR

Entre maîtrise et flottement ? Cet ondoiement n’est pas un accident. Il fait partie du langage. Refuser la rigidité, accepter la perte de contrôle partielle. Reste à savoir si, sur la durée, cette approche gagnera en tension ou en dispersion. Ce premier album pose un terrain plus qu’il ne le verrouille. Tentacletek ouvre des pistes, installe une signature, sans pour autant chercher à rassurer. Tentacletek prolonge le mouvement initié en 2025, en assumant ses zones floues. La suite dépendra d’un point d’équilibre, maintenir la dérive, sans perdre la traction.

Buy Me A Coffee

Antoine Brettman est un bricoleur d'images et de sons... Son travail s'inscrit dans le courant de l’art vidéo par la réappropriation d'œuvres audiovisuelles, où il exploite la virtualité des images afin de confronter au monde réel son recyclage d'histoires.

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