Avec Echoes Of The Silver Screen, paru le 19 avril 2026 sur Mahorka, Mantris prolonge son retour inattendu en creusant une veine plus cinématographique. Ce disque, né d’un projet avorté, révèle un geste simple : continuer à composer, même sans image
À la croisée de l’ambient, du sound design et d’une écriture pensée pour l’image,Echoes Of The Silver Screen s’impose comme un disque de transition et de projection. Mantris y transforme un épisode suspendu en moteur créatif. Une œuvre discrète, mais structurée, qui ouvre une piste : celle d’un compositeur capable d’habiter l’espace entre musique autonome et narration visuelle…
Retour sans nostalgie, mais avec méthode
Mantris DR
Début des années 1990. Mantris produit aux côtés de Christoph Waelkens sous les noms The Black Sun et Brown Hardware Inc., avec des sorties sur Elektron. Puis plus rien, ou presque… Silence prolongé, pas de trajectoire linéaire, pas de carrière entretenue. Le retour, lui, ne cherche pas à rattraper le temps perdu. Au début des années 2020, Mantris réapparaît seul, avec une série de productions studio. I’m So Many People, publié en 2024, posait déjà les bases ; progression sonore lente, travail sur les textures, tension entre obscurité et ouverture. Le vrai point de bascule arrive en 2021. Une année sans emploi. Une année pleine, paradoxalement. Mantris compose alors un EP et 4 albums. Une production dense, presque contrainte, comme si le vide extérieur imposait une continuité intérieure. Echoes Of The Silver Screen est le dernier de ces travaux à être finalisé. Il en garde la trace, une musique resserrée, tournée vers elle-même, mais jamais fermée. Pas de démonstration. Plutôt une logique d’accumulation, de couches et de séquences.
« I wanted to explore writing music for motion picture productions. » – Mantris
Film fantôme
L’élément déclencheur tient à peu de chose. Un email envoyé à un réalisateur. Une réponse. Une commande pour un court métrage, Hummingbird. Une musique livrée. Puis plus rien. Le film ne sortira pas. Mais la trace reste. Le morceau existe. Il est retravaillé. Les sons de colibri persistent dans l’album. Comme un motif discret, presque anecdotique, mais structurant.
Écriture de l’image, sans image ? Les titres parlent d’eux-mêmes : Wasteland, Sinister Awakening, Fog of War, Recursive Dream, Full Circle, Ending. Pas de narration explicite, mais une succession d’états. Le disque avance comme une bande-son sans support. Ni vraiment ambient, ni strictement cinématographique. Un entre-deux, où chaque morceau agit comme une scène possible. Rien n’est imposé, tout est suggéré. Echoes Of The Silver Screen pose une direction. Celle d’un producteur qui, après une longue absence, trouve un terrain plus libre : composer pour des images qui n’existent pas encore, ou qui n’existeront peut-être jamais.