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Rare Music : Matthewdavid rouvre les tiroirs de la mémoire lo-fi

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Avec Rare Music, Matthewdavid assemble des morceaux épars enregistrés au fil des années : faces B, remixes, instrumentaux, titres perdus ou laissés de côté. Une dérive sonore faite de bandes usées, de beats poussiéreux et d’expérimentations traitées comme des souvenirs encore chauds

Publié le 20 mai 2026, Rare Music fonctionne comme une archive volontairement incomplète. Matthewdavid y rassemble des fragments issus de différentes périodes de création, sans chercher à uniformiser leur texture ou leur époque. Le résultat, lo-fi, conserve ses fissures, ses variations et ses accidents. Une manière de rappeler qu’une œuvre peut aussi vivre dans ses marges…

Le bruit des cartons qu’on rouvre

Photo Matthewdavid
Matthewdavid DR

Certains producteurs polissent leurs archives jusqu’à les rendre anonymes. Matthewdavid fait presque l’inverse. Rare Music garde la poussière sur les bandes. On y entend des idées laissées ouvertes, des structures parfois bancales, des rythmiques épaisses, des nappes mangées par la saturation et cette sensation permanente d’écouter une transmission retrouvée au fond d’un magnétophone. Le disque ne cherche jamais la cohérence absolue. Il préfère l’assemblage instinctif. Une logique de beat tape élargie où ambient déformée, hip-hop instrumental, collages psychédéliques et textures analogiques cohabitent dans un même flux.

Los Angeles comme chambre d’écho

Derrière ces morceaux apparaît aussi toute une cartographie musicale liée à la scène californienne des quinze dernières années. Les remerciements convoquent Flying Lotus, Knxwledge, Ras_G, Dām-Funk, Carlos Niño, Kutmah ou encore Laraaji. Des artistes qui ont participé, chacun à leur manière, à déplacer les frontières entre beat music, spiritual jazz, ambient et expérimentation domestique. Matthewdavid appartient à cette génération pour qui le studio n’est pas seulement un lieu technique, mais un espace presque organique. Le traitement sonore devient un geste émotionnel. Une façon de conserver l’imperfection plutôt que de l’effacer.

« Headroom is a luxury. » – Saul Williams

Le refus du “son propre”

Le détail le plus révélateur du projet se cache peut-être dans une note de crédit. Matthewdavid explique ne plus vouloir employer le terme “mastering”, remplacé ici par “Final Audio Treatment”. Une formulation qui peut sembler anecdotique mais qui résume assez bien sa philosophie sonore, le morceau reste vivant jusqu’au bout, jamais totalement figé. L’album assume ainsi une matière dense, parfois comprimée, sans grande respiration numérique. Une esthétique qui rappelle les cassettes overdubbées, les fichiers trop poussés dans le rouge, ou certains disques beatmakers de Low End Theory où la texture comptait autant que la précision.

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Une archive affective

Photo Matthewdavid
Matthewdavid DR

Même la pochette participe à cette logique de récupération poétique : une photographie trouvée dans une friperie de Los Angeles, montrant l’explosion d’une plateforme pétrolière, sans auteur identifié. Comme les morceaux du disque, l’image semble avoir survécu seule, détachée de son contexte initial… Laisser les sons se heurter, accepter la surcharge, garder les traces et ne pas nettoyer entièrement la mémoire.

Buy Me A Coffee

Antoine Brettman est un bricoleur d'images et de sons... Son travail s'inscrit dans le courant de l’art vidéo par la réappropriation d'œuvres audiovisuelles, où il exploite la virtualité des images afin de confronter au monde réel son recyclage d'histoires.

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