Avec Love, Diskito, GbClifford transforme les restes émotionnels d’une relation en collage sonore fragile et saturé. Sorti le 19 mai 2026 chez mappa, le disque avance comme une vieille cassette retrouvée au fond d’un tiroir : intime, déformée, traversée de silences et de parasites
Entre field recordings, voix décomposées, textures ambient et instruments distordus, GbClifford construit un album électronique hanté par la mémoire affective. Un disque qui parle moins de rupture que de ce qui persiste après elle, les traces, les réflexes, les absences qui continuent de résonner longtemps après le départ…
La tendresse après l’effondrement

Il y a une violence plutôt discrète dans Love, Diskito. Celle du réveil face au dos de l’autre, celle de l’intimité devenue distance… GbClifford travaille cette sensation sans jamais la surligner. Le disque explore les fissures, pas les explosions. Chaque morceau semble avancer avec prudence, comme si tout pouvait s’écrouler à la moindre fréquence trop nette.
Basé à Prague, l’artiste poursuit ici une trajectoire déjà insaisissable, entre musique expérimentale, ambient abîmée et songwriting déconstruit. Mais Love, Diskito possède quelque chose de plus frontal émotionnellement : une vulnérabilité qui ne cherche ni l’élégance ni la catharsis.
Des chansons griffonnées dans la marge

L’album assemble des fragments : samples, prises lo-fi, bruits ambiants, instruments saturés, voix superposées. Si rien n’est parfaitement stable, tout semble légèrement déplacé, comme une copie analogique reproduite trop de fois. Cette approche collage donne parfois l’impression d’écouter des souvenirs plutôt que des morceaux.
Les mélodies apparaissent puis disparaissent rapidement. Certains passages évoquent des démos nocturnes enregistrées sans intention de publication, et c’est précisément ce qui donne au disque sa force humaine. L’artwork minimaliste de Kateřina Šípová prolonge assez finement cette esthétique fragile, presque intime, où chaque détail paraît laissé volontairement imparfait.
« I’m so close to relapsing, I’m here for you, closer than ever » – GbClifford, So Only Yours
Des voix qui se dissolvent
Les voix de GbClifford occupent une place étrange sur le disque. Elles guident les morceaux tout en semblant parfois disparaître à l’intérieur d’eux. Déformées, ralenties, fragmentées, elles deviennent moins des présences que des états émotionnels flottants. Dans So Only Yours, la phrase « I’m so close to relapsing, I’m here for you, closer than ever » résume assez bien l’album : une tentative de rester proche malgré l’épuisement intérieur. Une manière d’aimer jusqu’à l’effacement. Cette désintégration progressive donne au disque une dimension presque pastorale par moments. Derrière la saturation et les couches de bruit, il reste de l’espace. De l’air. Une sensation de regard perdu vers le ciel au petit matin.
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Une ambient sentimentale et cabossée

Love, Diskito évite les automatismes de beaucoup de productions ambient contemporaines. Ici, le flou n’est pas une décoration esthétique. Il sert une narration émotionnelle. GbClifford ne cherche pas à produire un disque “beau”, son projet est de conserver ses accidents, ses faiblesses et ses bords irréguliers.
C’est probablement ce qui rend l’album aussi attachant. Il avance sans cynisme. Sans ironie non plus. Rarement spectaculaire, mais constamment habité. Dans le vacarme numérique actuel, Love, Diskito rappelle qu’un disque peut encore fonctionner comme une lettre jamais envoyée, laissée ouverte quelque part entre le bruit, le souvenir et le manque.


