Avec Get High, Frédéric Soulard quitte temporairement le rôle d’arrangeur et de musicien de l’ombre pour construire un premier album solo traversé par la montagne, le vide et la lenteur. Le disque cherche moins le spectaculaire des sommets que ce qu’ils produisent mentalement : isolement, vertige, dilatation du temps
Connu pour son travail au sein de Limousine, Asynchrone ou auprès de Jeanne Added et Piers Faccini, Frédéric Soulard signe ici un disque profondément personnel. Contrairement à beaucoup d’albums inspirés par les grands espaces, Get High ne cherche jamais l’effet panoramique. Ambient, jazz contemplatif et chanson suspendue, la montagne y apparaît surtout comme une matière psychologique…
Une musique de l’altitude plus que de l’exploit
Les références à Catherine Destivelle, Toni Kurz ou Edward Whymper auraient pu pousser le projet vers une forme de romantisme héroïque. Soulard choisit l’inverse. Les morceaux avancent lentement, souvent à faible densité rythmique, comme si l’air se raréfiait progressivement. Les synthés restent poreux, parfois brumeux, tandis que le piano, les nappes et les interventions de trompette ou de violoncelle installent une sensation d’espace plus mentale que physique. Le disque fonctionne moins par climax que par glissement progressif. Cette retenue constitue d’ailleurs sa principale qualité. Get High refuse souvent l’emphase là où beaucoup de productions “contemplatives” cherchent immédiatement le sublime.
Entre ambient, jazz suspendu et chanson spectrale

Les voix de Piers Faccini et Frànçois Atlas jouent un rôle essentiel dans cet équilibre fragile. Elles n’occupent jamais totalement l’espace. Elles apparaissent plutôt comme des présences humaines perdues dans le relief sonore du disque. Les morceaux chantés apportent une chaleur discrète sans casser la logique immersive de l’ensemble. On sent parfois l’héritage du jazz européen contemporain, mais aussi certaines formes d’ambient narrative où chaque élément semble placé pour prolonger une sensation d’éloignement. L’enregistrement en chalet à Ailefroide ou à Chamonix pourrait facilement relever du geste symbolique un peu appuyé. Pourtant, cette dimension ne parasite jamais réellement la musique. Elle reste au service d’une atmosphère plutôt cohérente.
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Un disque qui évite en partie la carte postale contemplative
Le principal intérêt de Get High tient probablement dans cette tension constante : vouloir parler d’élévation sans transformer l’expérience en objet grandiloquent. Tout n’est pas totalement mémorable. Certains passages frôlent parfois une esthétique ambient très balisée, où la beauté des textures prend le dessus sur la nécessité musicale. Mais le disque conserve suffisamment d’aspérités et de retenue pour éviter de devenir une simple musique d’arrière-plan sophistiquée. C’est précisément dans ses moments les plus fragiles, quand il hésite, ralentit ou semble suspendu, que Get High devient le plus convaincant. Plus qu’un album sur la montagne, Get High ressemble à un disque sur ce que l’altitude fait au regard et à la perception. Un espace où la contemplation finit parfois par devenir une forme d’inquiétude silencieuse.



