Album Suite for Max Brown; de Jeff Parker

Jeff Parker & The New Breed – Suite for Max Brown

13 min de lecture
Démarrer

Après deux singles, fin 2019 et début 2020, Jeff Parker a sorti son nouvel album le 24 janvier. L’ancien guitariste de Tortoise l’a intitulé Suite For Max Brown, en hommage à sa mère

Jeff parker revient accompagné de son groupe The New Breed, ensemble de musiciens du même nom que le précédent disque paru en 2016, et qui avait été dédié à son père, décédé pendant la création de l’album. The New Breed était un magasin de vêtements à Bridgeport (Connecticut), que possédait son père quand Parker était enfant. Suite of Max Brown, le nouvel opus, est à la gloire de sa mère : “Je pensais que ce serait bien, cette fois, de dédier quelque chose à ma mère, pendant qu’elle est toujours là pour le voir”.

Trouver sa voie

Musicien expérimental, multi-instrumentiste, évoluant dans le jazz, l’électronique, le rock et l’improvisation, Jeff Parker est connu pour avoir été membre du groupe post-rock Tortoise, également membre fondateur d’Isotope 217 et du Chicago Underground Trio. Il a travaillé avec, entre autres, George Lewis, Ernest Dawkins, Brian Blade, Joshua Redman, Fred Anderson, Meshell Ndegeocello, Joey DeFrancesco, Smog (alias Bill Callahan), Carmen Lundy, Jason Moran, etc.

Stakhanoviste du son, il admet que ce projet représente “beaucoup d’expérimentations, d’essais, mais aussi beaucoup d’erreurs”. S’il ne sait pas toujours comment se dépêtrer des choses qu’il propose au départ, Jeff Parker sait tout de même sortir victorieux des situations qui le mettent hors de lui, c’est sa façon de travailler.

Je considère toujours ce processus comme un patchwork musical, où l’on couds des trucs ensemble jusqu’à ce que la tapisserie prenne forme

« Je cherche toujours des moyens d’être surpris », raconte-t-il en expliquant la création, et la pensée, de Suite for Max Brown, son dernier album sorti via un nouveau partenariat entre le label de Chicago International Anthem et Nonesuch Records. “Lorsque je m’assois au piano, ou avec ma guitare, avec du papier et un crayon, je finis toujours par tomber dans des schémas d’écriture, des choses que je connais déjà. Donc, quand je fais de la musique, j’essaie de m’éloigner des choses que je sais.”

Officieusement œuvre complémentaire à The New Breed (2016), sur International Anthem, Suite for Max Brown est un album essentiel, et formidable. Le London’s Observer l’honore tout particulièrement, en le sacrant meilleur album de jazz de l’année : « Aucun autre musicien de l’ère moderne n’a évolué de manière aussi transparente entre le rock et du jazz comme Jeff Parker (…) Dernièrement, cependant, Parker s’est imposé comme l’un des talents solo les plus redoutables du jazz moderne. »

Travailler à son rythme

L’album est une vraie réussite. Jeff Parker le doit certes à lui-même, mais aussi à sa collaboration avec le collectif de musiciens The New Breed. Pourtant, leur relation n’est pas aussi conventionnelle que pour d’autres formations, car, dans cet album, Parker est plutôt un artiste solo qui travaille par étapes. D’abord, il élabore un tapis numérique de rythmes et d’échantillons. Il établit ensuite ses propres pistes (guitare, clavier, basse, percussions, voix…), avant d’inviter les musiciens à jouer et improviser sur ses mélodies.

Contrairement à une session de jazz traditionnelle, le compositeur n’assemble pas un combo complet lors d’un ou deux jours de prises live en studio. Cela ressemble davantage à un puzzle, ses accompagnateurs travaillent souvent seuls avec lui, réagissant à ce que Parker leur fourni. Il utilise ensuite ces parties pour les superposer et les assembler à ses pistes finales. Un protocole relativement solitaire, et cérébral, mais aux résultats éblouissants, donnant de chaleureux jams, instantanées, humains et vivants !

Dans ma propre musique, j’ai toujours cherché à faire face à l’intersection de l’improvisation et de l’ère numérique, en essayant de fusionner les éléments disparates en quelque chose de cohérent

La révélation via le sampling

Cette obsession de créer de la musique à partir d’échantillons lui est apparue il y a peut-être dix ou quinze ans. Au départ, c’était surtout un exercice pour apprendre à sampler et à éditer de l’audio. Grand fan de hip-hop, il ne s’était jamais vraiment plongé dans les aspects techniques de la fabrication de cette musique.

C’est à partir de sa propre bibliothèque d’enregistrements qu’il commence à échantillonner, à couper, à faire des boucles et des rythmes. “Je faisais cela sur mon temps libre, et je pouvais même le faire lorsque j’étais en tournée – dans un tour bus ou dans un avion, parfois lors d’un soundcheck, chaque fois que j’avais du temps libre, je travaillais sur ce genre de choses”. Comme on peut l’imaginer, Jeff Parker accumule alors des heures et des heures d’échantillons, sans vraiment les utiliser dans un projet discographique.

The New Breed nait donc de ces vieilles compositions basées sur des échantillons, mélangées à de l’improvisation. «Il y a eu beaucoup de montage, et beaucoup de travail de post-production. En quelques mots, c’est comme cela que je fais beaucoup de ma musique”. Jeff Parker combine échantillonnage, édition, déclenchement audio et enregistrement pour en faire quelque chose de cohérent, “pour en faire une musique que quelqu’un aimerait écouter”. Contrairement au précédent album, il joue beaucoup lui-même, le plus d’instruments possibles. D’ailleurs, l’album a principalement été écrit chez lui, ainsi que lors d’une résidence de travail au Headlands Center for the Arts, à Sausalito (Californie).

 

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Savoir s’entourer

Les nouveaux membres de The New Breed, compagnons de voyage pour Suite for Max Brown, incluent le pianiste-saxophoniste Josh Johnson ; le bassiste Paul Bryan, qui a co-produit et mixé l’album avec Parker ; le trompettiste piccolo Rob Mazurek, son partenaire fréquent en duo ; le trompettiste Nate Walcott, un vétéran de Bright Eyes de Conor Oberst ; les batteurs Jamire Williams, Makaya McCraven et Jay Bellerose, camarade de classe de la Berklee School of Music de Parker ; la violoncelliste Katinka Klejin du Chicago Symphony Orchestra et même la propre fille de Jeff Parker, Ruby Parker, dix-sept ans, étudiante au Chicago High School of the Arts, qui contribue notamment au chant d’ouverture de Build A Nest.

La présence de Ruby à ce moment du disque fait sens, puisque Suite pour Max Brown est, en quelque sorte, une histoire familiale : « C’est le nom de jeune fille de ma mère. Maxine Brown. Tout le monde l’appelle Max. J’ai décidé de l’appeler Suite pour Max Brown. J’ai pensé que ce serait bien de dédier quelque chose à ma mère pendant qu’elle est toujours là pour le voir “. La photo sur la couverture de l’album est celle de sa mère alors qu’elle n’avait que dix-neuf ans.

Photo du musicien Jeff Parker
Jeff Parker DR

Le Jazz, source et ouverture

Sa musique se veut multi-générationnelle, tout particulièrement lorsque Parker équilibre ses explorations numériques contemporaines avec des excursions dans un jazz plus ancien, notamment avec Gnarciss, une interprétation de Black Narcissus de Joe Henderson et After the Rain de John Coltrane (Impressions, 1963). Parker se souvient : « J’étais très attiré par le jazz quand j’étais enfant. Ce fut la première musique qui a vraiment résonné en moi. (…) Le jazz m’a amené à improviser, et à expérimenter de manière générale, cela m’a conduit à un processus expérimental de création musicale. »

J’ai beaucoup fais le deejay quand je vivais à Chicago. C’était bien avant Serato et le deejaying via les ordinateurs. J’utilisais mes disques vinyles, deux platines et une table de mixage. Une nuit, je jouais des disques, j’ai réussi à parfaitement synchroniser un disque de Nobukazu Takemura avec le premier mouvement de A Love Supreme de John Coltrane

Coltrane est la pierre angulaire dans son évolution musicale. Il y a une quinzaine d’années, alors qu’il faisait le DJ dans un bar de Chicago et qu’il jouait “Trane” : “J’ai beaucoup fais le deejay quand je vivais à Chicago. C’était avant Serato et le deejaying via les ordinateurs. J’utilisais mes disques vinyles, deux platines et une table de mixage. Une nuit, je jouais des disques, j’ai réussi à parfaitement synchroniser un disque de Nobukazu Takemura avec le premier mouvement de A Love Supreme de John Coltrane”. Ce truc un peu free jazz et abstract jazz, au-dessus d’un rythme séquencé sonnait si bien que c’est ce qu’il essaie de faire avec ses récentes productions : un rythme séquencé, des musiciens improvisant au-dessus ou en dessous du motif de batterie séquencé. “C’est exactement ce que je voulais : Homme vs machine”

Crédits

Les musiciens qui forment The New Breed sont  :
Paul Bryan – bass guitar ; vocals
Jay Bellerose – drums ; percussion
Josh Johnson – electric piano ; alto saxophone
Katinka Kleijn – cello
Rob Mazurek – piccolo trumpet
Makaya McCraven – drums ; sampler
Ruby Parker – vocals
Nate Walcott – trumpet
Jamire Williams – drums

Multi instrumentiste, Jeff Parker s’est pour sa part chargé de :
Edition, sampler, drums, percussions, vocals, piano, electric piano, mbira, electric guitar, bass guitar, Korg MS20, JP-08, glockenspiel, sequencer, pandeiro, midi programming, midi strings, etc.

Tous les arrangements sont de Jeff Parker, et les titres ont également été composés par lui, à l’exception de After The Rain by John Coltrane, et de Gnarciss qui contient des éléments de Black Narcissus de Joe Henderson. C’mon Now contient des samples de the Otis Redding recording The Happy Song (Dum-Dum).

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