Photo de Clarice Jensen

Clarice Jensen signe la bande originale d’Identifying Features

/
5 min de lecture
Démarrer

Clarice Jensen présente sa deuxième partition pour le cinéma, avec Identifying Features (2020), le dernier film de Fernanda Valadez

Après la sortie numérique en janvier dernier de sa première musique de film pour Ainu Mosir (Takeshi Fukunaga, 2020), la violoncelliste/compositrice new-yorkaise Clarice Jensen signe une autre bande originale, composée pour un film dans lequel sa réalisatrice dénonce le sordide trafic des faux passeurs, le long métrage indépendant mexicain Identifying Features (Sans signe particulier), de Fernanda Valadez. Paru le 29 octobre 2021, ce remarquable EP de quatre pistes nous suspend dans l’émotion pendant dix-neuf minutes, consolidant son statut croissant de compositrice pour le cinéma…

Clarice Jensen, l’empreinte sonore

Clarice Jensen est une artiste polyvalente. Si elle a collaboré, enregistré et joué avec une multitude d’artistes stellaires, dont Jóhann Jóhannsson, Max Richter, Björk, Stars of the Lid, Dustin O’Halloran, Nico Muhly, Taylor Swift, Michael Stipe, The National, elle a également contribué à donner vie à certaines des œuvres les plus vénérées de la musique classique moderne, en tant que directrice artistique de l’ACME (American Contemporary Music Ensemble), notamment pour les pièces de Philip Glass, Steve Reich, Terry Riley, Gavin Bryars…

Pour Sans signe particulier (Sin señas particulares), le film mexicain réalisé par Fernanda Valadez, sorti en France en 2021, elle a enregistré son travail à son domicile de Brooklyn, avec son violoncelle et de l’électronique. L’œuvre, audacieuse et puissante, fait parfois allusion à son album de 2020, acclamé par la critique, The Experience of repetition as death. Mixé par Rafael Anton Irisarri, et masterisé par Matthew Agoglia, Identifying Features est publié au format EP numérique, via 130701 / FatCat, label emblématique où sont signé·e·s des artistes tels que Max Richter, Jóhann Jóhannsson, Dustin O’Halloran, Hauschka, etc. En somme, une reconnaissance à valeur ajoutée.

Clarice Jensen, Sin señas particulares

La partition d’Identifying Features est un brillant ajout au catalogue “musique de film” de Jensen. Captivante, puissante et cohérente, l’œuvre offre une nouvelle preuve de son incontestable talent, et de sa maîtrise du son dédié à l’image en mouvement.

Identifying Features est un long-métrage écrit et réalisé par Fernanda Valadez, qui a notamment remporté les prix du public et du jury au festival du film de Sundance. Ce film, déchirant, aborde le polémique sujet de l’immigration à travers le Mexique et les États-Unis quand, aux frontières, des centaines d’immigrants disparaissent ou meurent au cours de leur voyage. La plupart des personnages principaux du film sont des mères qui tentent désespérément de retrouver leurs enfants perdus. Magdalena (jouée par Mercedes Hernandez) est l’une d’elles, sans contact avec Jesús (Juan Jesús Varela), son fils adolescent, parti à pied quelques mois plus tôt, avec un ami de leur ville rurale de Guanajuato.

Déterminée à démêler son destin lors d’un voyage de plus en plus surréaliste dans sa quête de la vérité, Magdalena se retrouve empêtrée dans un syndicat du crime et dans un labyrinthe de mensonges déroutants. Le film déroule sa lente descente au creux du désespoir, brillamment véhiculée par la partition de Jensen. S’adaptant parfaitement à son sujet, ses quatre pièces sonores sont imprégnées d’un sens de l’obscurité viscéral, fortement psychédélique, suivant l’inexorable mouvement du soleil dans le ciel. Entièrement dépourvus de sentimentalité mélodique, ou de drame manifeste, ses drones, véritables blocs sonores rayonnants, évoquent le vaste sens de l’espace d’un paysage étrange et désertique, indifférent et dangereux. Un disque formidable, impeccablement forgé avec la richesse d’une profondeur désarmante.

Si toutefois les 19 minutes du EP ne vous suffisent pas, profitez de cette performance enregistrée le 20 mars 2021 à Brooklyn, et dont les visuels chimiques et psychédéliques ont été réalisés par le collectif Testu.

Antoine Brettman est un bricoleur d'images... Ses œuvres s'inscrivent dans le courant de l’art vidéo, dans la réappropriation d'œuvres audiovisuelles, dans l'exploitation de la virtualité des images pour confronter au monde réel son recyclage d'histoires...

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.

*

code

L'enfant Auseu, illustration de Jean-Marc Siméonin pour la revue Vorace
Article précédent

VORACE, nouvelle revue littéraire made in Limousin

Portrait de Alejandro Jodorowsky
Prochain article

Alejandro Jodorowsky, sa découverte des 82 commandements pour atteindre la conscience immortelle