Lancé le 18 juillet 2025 sous le label Keroxen/Discrepant, Itara, premier album solo de Paul Pèrrim, tisse une chronique sensorielle autour d’un univers intime : guitare, ethnomusicologie et ambient se fondent dans un même souffle
Dans ce disque court mais dense, Pèrrim explore le fil ténu entre austérité acoustique et envolées électriques, nourri tant par la tradition folk des années 60 que par le drone ou l’improvisation libre. Ce disque ouvre la porte à des rencontres sonores futures : performances en direct, collaborations inter-culturelles, ou déclinaisons au sein du festival GUITARRACO qu’il a fondé à Tarragone…
Split‑screen acoustique/électrique

Pèrrim joue de la dualité : guitare sèche, dense et frontale, et guitare électrique prolongée d’effets analo‑collage. Le contraste crée des strates hypnotiques. La guitare acoustique, parfois percussive, parfois murmurante, semble chercher dans les silences des formes primitives. En contrepoint, les nappes électriques surgissent, filtrées par une constellation d’effets analogiques, parfois salies, parfois suspendues. Ce dialogue est au cœur de Itara : un face-à-face organique, tendu et subtil.
On passe de l’acid folk à l’ambiance free jazz, en flirtant avec le blues détourné, l’ambient saturé ou les mélodies d’une jazzerie orientale. Sans jamais sonner démonstratif, Itara déplie ses pistes comme autant d’escales dans des géographies mentales. Le morceau Barbarchu évoque une cérémonie flottante entre Afrique du Nord et archipel volcanique. Olekta tangue entre rituel et transe lente. Pèrrim ne cite pas : il transforme, déplace, absorbe.
« While it’s common to call music cinematic these days… Pèrrim goes split‑screen… economy does not equate with poverty » — Bill Meyer
Improvisation et économie de moyens

Avec peu d’éléments, Pèrrim construit des paysages sonores complexes, faisant dialoguer sobriété et étendue, richesse et frugalité. Cette tension féconde donne à l’album une force quasi cinématographique. Comme le souligne Bill Meyer, l’artiste « compose econo », mais jamais au rabais : chaque geste, chaque tremblement de corde, chaque souffle électronique a son rôle dans la narration sonore. On est dans un split-screen mental, un montage simultané de couches perceptives. Son approche, nourrie par le terrain et l’anthropologie, se ressent dans la rigueur des motifs, la sélection des textures et le sens des transitions.
Pèrrim semble enregistrer ses morceaux comme on consigne un carnet de voyage intérieur, nourri de fragments de pratiques musicales glanées ici et là. Son expérience de terrain (des Canaries à la Catalogne, de la scène expérimentale à la pédagogie) infuse chaque note. Le festival GUITARRACO qu’il a fondé en 2022 en devient le prolongement scénique : une communauté de guitares en mutation. Dans Itara, Paul Pèrrim trace un chemin singulier, empreint d’une délicate tension entre l’intime et l’infini — il ne nous reste plus qu’à suivre les prochains itinéraires de ce guitariste-ethnologue en éveil, vers un horizon très prometteur.


