Certains disques cherchent à impressionner. Sound of the Bay préfère installer un paysage. Avec ce nouvel EP de 5 titres, Sandy’s poursuit une trajectoire discrète mais remarquablement cohérente, quelque part entre surf music, jazz, pop harmonique et improvisation. Quinze ans après ses débuts, le groupe livre une musique profondément enracinée dans la baie de San Francisco, où le territoire devient autant une mémoire qu’une signature sonore
Avec Sound of the Bay, Sandy’s confirme la maturité d’un parcours engagé depuis plus de 15 ans. Entre surf music, jazz, pop harmonique et improvisation, le quintette signe un disque profondément ancré dans la baie de San Francisco sans jamais tomber dans le folklore régional. Plus qu’un hommage à un territoire, cet EP montre comment un paysage peut devenir une véritable écriture musicale. Une œuvre discrète, patiente et cohérente, qui rappelle que les identités sonores les plus durables sont souvent celles qui prennent le temps de se construire…
Une baie comme point de départ

Le titre Sound of the Bay possède un double sens. D’abord, il renvoie à la première maison familiale d’Alexi Glickman, installée sur les rives de la baie de San Francisco. Il revendique également une identité musicale propre à cette région, loin des imaginaires hollywoodiens ou de l’effervescence new-yorkaise. Né dans le prolongement de The Botticellis, Sandy’s est progressivement devenu le principal terrain d’expression d’Alexi Glickman. Son jeu de guitare en accordages ouverts, son goût pour les harmonies généreuses et son attention portée aux textures sonores ont façonné une musique qui navigue entre lumière et brume, énergie du surf et finesse mélodique. Des albums Fourth Dementia, Prom, Chime puis Magic Mind jusqu’à aujourd’hui, le groupe a suivi une trajectoire guidée par l’intuition, l’improvisation et la chanson, sans jamais perdre sa singularité.
Improviser pour mieux composer
Enregistré au Truckee Loft, le studio installé chez Burton Li, Sound of the Bay est né d’esquisses harmoniques développées collectivement avant d’être enrichies par de longues improvisations. Cette méthode laisse respirer chaque morceau tout en conservant une écriture précise. La surf music y dialogue naturellement avec le jazz, la pop indépendante et les harmonies sophistiquées héritées des Beach Boys. Plus discrètement, le groupe convoque aussi le swing des années 1930, la souplesse rythmique de Rob Mills et une approche harmonique qui rappelle parfois Elgar ou Chopin. Ces influences ne s’imposent jamais comme des références affichées : elles nourrissent simplement un langage devenu très personnel.
« Music is enough for a lifetime, but a lifetime is not enough for music. »
– Sergueï Rachmaninov
Des chansons habitées par les lieux
Les 5 compositions avancent avec sérénité. Elles évoquent les souvenirs d’enfance, la chaleur du foyer, les paysages de la côte pacifique et une vie construite autour de la musique, de la famille et du quotidien. Cette nostalgie reste lumineuse. Elle ne regarde pas le passé avec regret mais comme un territoire où continuer à puiser. Ce rapport au lieu constitue probablement l’une des grandes forces du disque. Sandy’s ne cherche pas à représenter la Californie des cartes postales. Le groupe raconte une géographie intime, faite de baies, de routes, de maisons et de rencontres. Une manière de rappeler qu’un territoire peut aussi s’entendre.
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L’élégance du temps long

À l’heure où beaucoup de productions privilégient l’immédiateté, Sound of the Bay revendique un autre rythme. Les mélodies prennent leur temps, les arrangements révèlent progressivement leur richesse et chaque écoute laisse apparaître de nouveaux détails. Cette retenue devient finalement sa plus grande qualité. L’EP accompagne aussi bien une route côtière qu’un matin silencieux ou une fin de journée d’été. Sans spectaculaire, mais avec une cohérence qui s’affirme morceau après morceau.

