Issu d’une résidence à Braga, Volatile Poem marque les débuts d’I’A’V, trio portugais réunissant Inês Malheiro, Arianna Casellas et Violeta Azevedo. Entre voix, violoncelle, flûte, électronique et édition artisanale, le groupe compose une œuvre qui, aujourd’hui, interroge la manière dont la musique se crée, se matérialise et circule
I’A’V, trio portugais féminin, réunit Inês Malheiro, Arianna Casellas et Violeta Azevedo dans un album pensé comme un poème sonore en neuf mouvements. Sorti chez Discrepant, Volatile Poem fait dialoguer voix, électronique et instruments acoustiques dans une écriture collective où la matière sonore occupe une place centrale. Houz-Motik s’intéresse autant à l’album qu’à ce qu’il révèle d’une scène indépendante européenne qui continue d’inventer ses propres modes de création et de diffusion…
Quand le disque devient un lieu

Certaines créations semblent chercher la construction d’un espace d’écoute. Volatile Poem appartient probablement à cette catégorie. Issu d’une résidence au gnration de Braga, le projet réunit trois musiciennes dont les parcours convergent vers une écriture collective où l’écoute mutuelle paraît primer sur la démonstration individuelle. Les neuf titres annoncent déjà cette volonté de continuité. Les évocations d’Echoes, Air Particles ou Waterfall côtoient des formulations plus énigmatiques comme Rents Are High Again And I Can’t Touch The Sky ou Everyone Should Be Loud, laissant entrevoir un disque davantage pensé comme un parcours plutôt qu’une succession de compositions indépendantes.
Une matière sonore en mouvement
Le groupe développe un territoire où voix, violoncelle, flûte et traitements électroniques évoluent sans hiérarchie apparente. La voix d’Inês Malheiro ne semble pas seulement porter un texte, elle devient elle-même une matière sonore, dialoguant avec les souffles de Violeta Azevedo et les lignes de violoncelle d’Arianna Casellas. Les longues pièces (Air Particles, Caminha ou I’m Here) laissent imaginer une musique qui privilégie la lente transformation des timbres plutôt que les développements mélodiques traditionnels, tandis que deux très courts interludes constituent des points de rupture au sein de ce récit sonore.
« Plus qu’un disque, Volatile Poem propose une manière d’envisager la création : lente, collective et profondément liée aux lieux où elle prend vie. »
– Houz-Motik
L’objet prolonge l’œuvre
L’édition physique mérite presque autant d’attention que le disque lui-même. La cassette translucide, le boîtier orné, les dessins, les collages et les textes manuscrits composent un ensemble qui évoque davantage le livre d’artiste que le produit musical standardisé. Cette esthétique artisanale ne relève pas seulement du graphisme. Elle prolonge le rapport à la fragilité, au geste et à la proximité que le trio semble défendre. Dans un contexte où la musique circule majoritairement sous forme de fichiers, Volatile Poem revendique aussi la dimension matérielle de l’écoute.
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Une autre économie de la création

Le projet ne s’arrête pas à sa publication. À l’occasion d’une tournée française, les musiciennes recherchent directement des galeries, des espaces indépendants et de petites structures susceptibles d’accueillir leur performance. Cette manière d’organiser la diffusion complète naturellement le travail entrepris sur le disque. Au-delà de ses qualités musicales, Volatile Poem raconte ainsi une autre façon de produire et de faire circuler la création contemporaine. Résidences artistiques, micro-labels, éditions physiques soignées, lieux hybrides et réseaux de proximité constituent ici les différentes facettes d’une même démarche. Dans une époque où la visibilité passe souvent par les plateformes, I’A’V rappelle qu’une œuvre peut encore se construire à travers les rencontres, les objets et les lieux qui la rendent possible.


