Chicago : le vent et les sous-sols moites où la house a appris à respirer. Avec Counting Clouds, Harry Dennis revient dans la lumière sans hausser le ton. Autour de lui, une génération de producteurs relit le morceau, sans nostalgie facile. Résultat ? Un vinyle, un format unique, un geste assumé
Sorti le 27 février 2026 sur JuJu Muzik, Counting Clouds de Harry Dennis rassemble quatre remixes qui déplacent la deep house entre héritage chicagoan, tension analogique et échappées cosmiques. Première référence du label en format vinyle only, le disque trace un pont discret entre Chicago et le Royaume-Uni. Pas d’esbroufe. Une matière sonore dense, pensée pour le club autant que pour l’écoute attentive…
Un héritage qui ne pèse pas

Le nom de Harry Dennis ne relève pas de l’anecdote. Il traverse l’histoire de la house. Membre de Fingers Inc., impliqué dans Jungle Wonz et The It, il a participé à cette bascule où la machine est devenue émotion. Dans Counting Clouds, la voix ne cherche pas l’effet. Elle avance calmement. Timbre posé. Présence sans emphase. La force du morceau tient dans cette retenue : un équilibre entre profondeur et simplicité, entre mémoire et mouvement. Silver Lining : la house en apesanteur : Julian Garnett ouvre l’EP avec le Silver Lining Mix. Pads larges. Basse souple. Mélodies qui s’étirent comme un horizon nocturne. L’espace compte autant que la rythmique. Garnett, collaborateur de longue date et proche de Freddy Bastone, installe une atmosphère cosmique sans tomber dans l’abstraction. Le morceau respire. Il ne force rien. Il laisse la voix se déposer dans un écrin lumineux.
« House is a feeling. It’s not just music. » — Harry Dennis
Jungle Sounds : retour à la matière
Le Jungle Sounds Mix, signé Rob Redford et Damian Charles, densifie le propos. Drums analogiques marquées. Basse sombre. Groove plus frontal. L’énergie change. Moins contemplative. Plus organique. Le remix convoque l’esprit old school sans le figer. On sent la piste de danse, la tension collective, cette physicalité propre à la house quand elle s’adresse au corps avant l’analyse. Machine Funk et Nimbus : introspection et dérive londonienne.
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Avec son Machine Funk Mix, Mark Hand opte pour une chaleur feutrée. Sonorités épaisses. Ambiance nocturne. Le groove devient méditatif. On imagine un club à l’arrière-salle tamisée, où l’on danse sans agitation, presque en apnée. Enfin, Rude Boy Rupert injecte une touche broken beat dans le Nimbus Mix. Accords spirituels. Ligne de basse mélodique. Rythme poussiéreux, légèrement décalé. Le morceau s’ouvre vers Londres, vers une tradition jazz-house plus fragmentée, plus syncopée. Counting Clouds ne prétend pas réécrire l’histoire. Il en prolonge le fil. Un disque qui rappelle que la house, quand elle reste attentive à ses racines, continue d’avancer sans bruit inutile.


