Vingt ans après Lil’ Hand, Fish Go Deep rouvre un chapitre discret de son histoire. Pas le tube, pas le classique, mais le morceau de clôture. Love’s Cloth revient transformé, et moins fragile en surface
En 2005, Lil’ Hand installe Fish Go Deep et Tracey K dans le paysage house international. Si The Cure and the Cause devient un standard, d’autres titres vivent plus silencieusement. Pour marquer les 20 ans de l’album, le duo irlandais revisite Love’s Cloth, son dernier morceau. Nouvelle basse, harmonies élargies, tension progressive : une relecture qui éclaire le passé sans s’y enfermer, et qui rappelle que la house est d’abord affaire de texture et de respiration…
Sir Henry’s, la forge

Cork, fin des années 1980. Greg Dowling et Shane Johnson façonnent leur culture musicale au Sir Henry’s. House américaine, disco, funk, techno naissante, une décennie d’apprentissage derrière les platines. Une scène locale qui s’ouvre à l’international. À la fin des années 1990, le duo multiplie les sorties. Le nom Fish Go Deep circule sur des labels américains et européens. En 2005, leur propre structure, Go Deep Recordings, démarre fort. The Cure and the Cause s’impose rapidement dans les clubs, puis dans les charts. Leur profil change d’échelle. Mais derrière le succès, un album : Lil’ Hand. Un disque construit dans un studio domestique, autour d’une console analogique, de machines samplées, de prises parfois imparfaites.
Une house organique, chaleureuse, peu calculée. La rencontre avec Tracey K au début des années 2000 donne une autre dimension au projet. Sa voix n’est ni démonstrative ni décorative. Elle porte le morceau, sans l’écraser. Sur Lil’ Hand, elle impose une écriture intime. Une forme de retenue. Les morceaux respirent. La production laisse de l’espace. Les imperfections restent parfois en place. Cette fragilité devient force. Love’s Cloth, en clôture, synthétisait cette tension. Moins club et plus introspectif, une sortie presque en clair-obscur.
« It was a snapshot of where we were at. There’s a real straightforward honesty and naivety about the album. We didn’t overthink it » — Greg Dowling (Fish Go Deep).
Revisited : pulsation et profondeur
Vingt ans plus tard, Fish Go Deep décide de revenir précisément sur ce titre. Pas pour le reproduire à l’identique. Pour le déplacer. La nouvelle version repose sur une basse pulsée, insistante. Le groove avance lentement. Les harmonies du refrain sont mises en avant. La montée se construit progressivement, jusqu’à un crescendo ample. Puis le morceau s’efface en rappelant la teinte plus sombre de l’original. Le dub va plus loin encore. Synthés tranchants. Fragments vocaux dissociés. Rythmique profonde. La nostalgie disparaît. Reste la matière.
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Continuité, pas commémoration : depuis 2005, Fish Go Deep n’a jamais cessé de produire. EP, albums, remixes, collaborations. Leur catalogue s’est étoffé sans rupture brutale. Une ligne tenue. Une esthétique fidèle à elle-même. Revisiter Love’s Cloth aujourd’hui n’est donc pas un geste rétro. C’est un ajustement. Un regard posé sur une pièce peut-être sous-estimée, recontextualisée avec l’expérience accumulée. La house évolue. Les formats changent. Les circuits aussi. Mais certaines voix, certains grooves, continuent de trouver leur place. Vingt ans plus tard, le tissu tient encore. Et il respire autrement.



