À distance, sans chercher l’effet ni la démonstration, le musicien allemand rsn et le sound artist suédois Andreas Rönnquist construisent un disque ambient/drone d’une lenteur assumée. within remoteness avance comme une masse discrète
Paru le 22 mai 2026 sur le label Bulgare Mahorka, within remoteness réunit deux approches complémentaires du drone contemporain. À partir de textures initiales composées par Andreas Rönnquist, rsn développe des paysages sonores étirés où la distance géographique devient matière musicale. Mixé par Ghostloop, l’album ambient explore autant la contemplation que la perception physique du son…
Des esquisses devenues paysages mouvants

Le point de départ du disque tient presque du geste minimal. Andreas Rönnquist compose plusieurs structures réduites, faites de drones circulaires et de nappes discrètement mouvantes. Des fragments ouverts plutôt que des morceaux réellement terminés. rsn s’empare de cette matière avec une approche plus architecturale. Il ajoute des couches, déplace les équilibres, creuse certaines fréquences, éclaircit d’autres passages. Ce travail de transformation reste pourtant difficile à localiser précisément à l’écoute. Les deux écritures fusionnent progressivement jusqu’à devenir presque indissociables. Cette absence de frontière nette devient d’ailleurs l’un des véritables sujets du disque.
Une musique qui refuse la démonstration
Les quatre longues pièces de within remoteness s’installent dans une temporalité lente, presque immobile. Ici, aucun rythme ne vient structurer l’écoute au sens traditionnel. Pas de montée spectaculaire. Pas de mélodie identifiable servant de point d’accroche immédiat. Le mouvement existe ailleurs. Dans les vibrations basses qui se déplacent lentement. Dans les spectres harmoniques qui apparaissent à peine avant de s’effacer. Dans ces micro-modulations qui donnent parfois l’impression que le son respire de lui-même. Le disque rejoint ainsi une certaine tradition ambient et drone nord-européenne où l’espace compte autant que la composition elle-même. Une musique qui ne cherche pas à remplir le silence, mais à dialoguer avec lui.
« Le disque avance comme une présence lointaine : presque immobile en surface, mais traversée de mouvements invisibles » – Houz-Motik
Ghostloop et la profondeur du vide
Le mixage confié à Ghostloop joue un rôle central dans l’équilibre général du projet. La profondeur de champ sonore reste constamment lisible malgré la densité des nappes. Chaque couche conserve sa place. Les fréquences graves occupent l’espace sans écraser les détails plus fragiles qui flottent au-dessus. Même les textures les plus discrètes semblent conserver une présence physique. C’est souvent là que beaucoup de productions ambient échouent : dans une forme de brouillard uniforme. within remoteness, lui, garde de l’air entre ses éléments.
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La distance comme matière émotionnelle

Le titre de l’album résume finalement assez bien ce que les deux artistes cherchent ici. La “distance” n’est pas seulement géographique. Elle devient un état mental, une manière d’habiter le son. Le disque parle discrètement d’isolement, mais sans froideur. Il avance plutôt comme une tentative de connexion fragile à travers des matières lentes et suspendues. Une musique qui demande du temps, de l’attention et parfois même une forme d’abandon volontaire de l’écoute immédiate. Dans une époque saturée de contenus rapides et de structures compressées, within remoteness rappelle qu’il existe encore des œuvres capables de construire leur propre temporalité, loin du flux permanent. Paru le 22 mai 2026, ce disque confirme surtout une chose : le drone contemporain continue d’évoluer loin des effets de mode, dans des zones discrètes où le son devient moins un objet qu’un environnement à traverser.


