LP Wir gingen durch leere Stunden

Cartographier l’absence : Schatterau étire le temps jusqu’à l’effacement

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Avec Wir gingen durch leere Stunden, le duo allemand explore la mémoire comme une matière instable. Un album qui travaille moins le souvenir que sa déformation, entre nappes en suspension et boucles qui dérivent

Dans cet album, il ne s’agit pas de raconter des souvenirs, mais de montrer comment ils se délitent avec le temps. Schatterau, duo allemand composé de Jonas Meyer et de Daniel Jahn, construit un disque ambient où la mémoire se mue en un terrain mouvant, parfois humide, traversé de répétitions, de glissements et de pertes de repères dans un écrin expérimental, complexe et sobre, transmettant des émotions humaines allant de la mélancolie à l’extase pure…

Une matière sonore qui s’efface

Photo Daniel Jahn
Daniel Jahn DR

Dès les premières pièces, le duo installe une texture brumeuse, faite de nappes étirées, de drones discrets et de motifs qui semblent apparaître pour aussitôt être aspirés par une soudaine brise. Rien n’est frontal. Les sons avancent masqués, comme recouverts par d’autres couches. La structure repose souvent sur des boucles lentes, légèrement altérées, qui donnent l’impression d’un mouvement sans progression réelle. C’est une musique qui évolue à mesure qu’elle tourne, et se transforme à force de répétition.

La mémoire comme piège

Photo Jonas Meyer
Jonas Meyer DR

Le cœur du disque tient dans cette tension, vouloir retenir, sans vraiment jamais pouvoir fixer. Chaque élément semble chercher une stabilité, immédiatement contredite par une déformation, un décalage, un effet de flou. Cette logique produit une écoute particulière. L’auditeur reconnaît des formes, des motifs, mais sans toutefois pouvoir les saisir complètement. Comme un souvenir dont il manquerait toujours un fragment. Le résultat est davantage perceptif que narratif. On ne suit pas une histoire, on en traverse des états.

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Une esthétique maîtrisée

Photo Schatterau
Schatterau DR

L’album impressionne par sa cohérence technique. Tout est tenu, mesuré, contrôlé. Aucun débordement, aucune rupture franche. Cette rigueur donne une force considérable au projet. On pourrait parfois penser qu’il en constitue de fait une limite, certaines pièces semblent évoluer à distance, mais si l’émotion peut paraitre suggérée, elle reste incarnée dans une forme d’abstraction revendiquée. Wir gingen durch leere Stunden ne cherche pas tant à raviver le passé, mais plutôt à en montrer les failles. Troublant et émouvant, ce disque précis, presque clinique, capte moins les souvenirs que leur disparition progressive.

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