LP Simulacra

« Simulacra », d’Eric Demuro : le groove en apesanteur

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Entre Venise, Berlin et New York, le bassiste et producteur Eric Demuro a construit un premier album qui refuse les frontières. Jazz-funk vaporeux, rythmiques brésiliennes, textures ambient et héritage des musiques de bibliothèque s’y croisent avec une élégance discrète. Simulacra est un disque de mouvement, de matière et de profondeur, porté par une basse qui raconte autant qu’elle accompagne

Paru le 5 juin 2026, Simulacra marque les débuts d’Eric Demuro au format long. Conçu autour de lignes de basse souples et mélodiques, le disque développe un univers jazz chaleureux où les synthétiseurs analogiques, les Rhodes et les percussions organiques dialoguent sans jamais céder à la nostalgie. Une œuvre à l’ambiance cinématographique qui préfère l’immersion à l’esbroufe…

La basse comme fil conducteur

Photo Eric Demuro
Eric Demuro DR

Certains albums sont guidés par la voix, d’autres par les rythmes. Sur Simulacra, c’est la basse qui mène le voyage. Le jeu d’Eric Demuro occupe une place centrale dans l’architecture du disque. Souple, mélodique, parfois presque chantant, il traverse les morceaux comme un narrateur discret. Certaines phrases évoquent même le toucher fluide et expressif de Mick Karn, sans jamais tomber dans la citation directe. Ici, la basse n’est pas un simple soutien harmonique, elle devient le moteur émotionnel des compositions.

Entre jazz-funk, ambient et horizons tropicaux

L’univers sonore de Simulacra se déploie avec patience. Les claviers vintage, les Fender Rhodes, les percussions manuelles et les synthétiseurs analogiques apparaissent progressivement dans des arrangements qui privilégient l’espace plutôt que l’accumulation. Le disque circule librement entre plusieurs territoires. On y retrouve les couleurs du jazz-funk, certaines textures ambient, l’influence des musiques brésiliennes et même des réminiscences de bandes originales ou de bibliothèques musicales des années 1970. Pourtant, Demuro évite soigneusement le piège du pastiche. Ces références servent davantage de vocabulaire que de destination.

« Dans Simulacra, la mémoire n’est jamais une destination. C’est une matière première. » – Houz-Motik

Des villes, des studios et des rencontres

Développé entre New York et Berlin, Simulacra porte également les traces du parcours de son auteur. Formé aux États-Unis, passé notamment auprès du pianiste suisse Nik Bärtsch, Demuro a également façonné sa pratique au sein de la scène berlinoise et du collectif Gifted Culture. Autour de lui gravite un ensemble de musiciens qui enrichissent discrètement les compositions : flûte, marimba, vibraphone, Rhodes, percussions additionnelles et synthétiseurs viennent renforcer une palette sonore déjà particulièrement riche. Le résultat conserve pourtant une cohérence remarquable. Chaque élément semble occuper exactement la place dont il a besoin.

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Une mémoire réinventée

Photo Eric Demuro
Eric Demuro DR

Le titre Simulacra renvoie à l’idée de réinterprétation plutôt qu’à celle d’imitation. Une notion qui résume parfaitement l’approche de Demuro. Le disque semble peuplé de souvenirs musicaux. Des échos de jazz spirituel, de soul cinématographique, de musiques électroniques contemplatives ou de grooves tropicaux apparaissent au détour d’un arrangement. Mais ces influences ne sont jamais reproduites telles quelles. Elles sont remodelées, déplacées et intégrées dans un langage personnel. Avec Simulacra, Eric Demuro signe un premier album particulièrement maîtrisé. Un disque qui privilégie les nuances aux démonstrations, les textures aux effets spectaculaires et l’écoute attentive à la consommation rapide. Une entrée en matière qui laisse entrevoir une voix singulière dans les territoires mouvants du jazz contemporain, de l’ambient et des musiques instrumentales modernes.

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