Depuis plus de trois décennies, Beth Orton occupe une place singulière dans la musique britannique. Ni tout à fait folk, ni véritablement électronique, jamais figée dans une formule. Avec The Ground Above, elle poursuit un chemin personnel où l’intime rencontre le collectif. Un disque qui regarde les fragilités contemporaines sans détour et transforme l’incertitude en matière vivante
Avec The Ground Above, qui paraît le 26 juin 2026, Beth Orton poursuit la renaissance artistique amorcée par Weather Alive. Autoproduit et façonné aux côtés de proches collaborateurs, ce nouvel album explore la survie, la maternité, l’identité et les incertitudes contemporaines à travers des chansons habitées et sans artifice. Plus qu’un retour, ce disque confirme la capacité de la musicienne britannique à transformer les fragilités du quotidien en une œuvre profondément humaine, lucide et ouverte sur le monde…
Une voix qui traverse le temps

Certaines voix semblent gagner en épaisseur à mesure qu’elles avancent. Celle de Beth Orton est de cette envergure. Depuis les années 1990, la musicienne britannique construit une œuvre qui échappe aux tendances et aux effets de mode. Avec The Ground Above, elle poursuit ce mouvement en plaçant une nouvelle fois la voix au centre du récit. Des murmures aux élans les plus intenses, elle explore un registre émotionnel large, assumant pleinement les fissures comme les moments de lumière. L’ensemble apparaît moins comme une collection de chansons que comme une tentative de donner forme à ce qui résiste habituellement aux mots.
Entre spontanéité et construction
Comme sur Weather Alive (2022), Beth Orton assure elle-même la production. Une décision qui semble prolonger sa volonté de préserver la spontanéité des premières prises tout en développant l’univers du disque. Autour d’elle, des musiciens de confiance participent à l’aventure, parmi lesquels Shahzad Ismaily, Sam Beste, Chris Vatalaro, Vishal Nayak, Christos Stylianides ou encore Tom Herbert. L’approche demeure collective, sans démonstration de virtuosité. Chaque intervention paraît mise au service de l’espace émotionnel des morceaux plutôt que d’une performance individuelle. Cette méthode de travail, développée sur plus d’une année, permet à l’album de conserver une impression de proximité, tout en ouvrant le cadre vers des horizons plus vastes.
« We are all vulnerable beings living out invincible lives. » – Beth Orton
Rester dans le monde
La véritable singularité de ce nouvel album se situe peut-être dans les thèmes qu’il aborde. Beth Orton y évoque la survie, le renouvellement, la maternité, l’identité, les inquiétudes politiques ou encore la nécessité de continuer à créer malgré les incertitudes. Plutôt que de chercher des réponses définitives, l’album semble s’intéresser à une question plus simple : comment rester présent au monde lorsque celui-ci paraît de plus en plus instable ? Cette tension traverse l’ensemble du projet. Les chansons parlent autant de vulnérabilité que de résistance, autant de doute que de persévérance… Une démarche qui évite soigneusement le discours militant comme l’introspection complaisante.
• À lire aussi sur Houz-Motik : le folk qui se dissout dans la nuit
Une trajectoire cohérente

À une époque où de nombreux artistes revisitent leur passé, Beth Orton continue d’avancer. The Ground Above ne cherche pas à réactiver une nostalgie des années folktronica. Il s’inscrit plutôt dans une seconde partie de carrière marquée par une liberté croissante et une confiance affirmée dans ses propres intuitions. Le disque prolonge ainsi la dynamique amorcée par Weather Alive, tout en confirmant la place d’Orton parmi ces artistes capables de transformer leur expérience personnelle en matière universelle ; beauté de l’âme.


