Entre les rizières de Bali, les réverbérations domestiques et les vibrations spectrales du thérémine, ALIA construit avec Where Echoes Bloom un premier album qui refuse les frontières
Avec Where Echoes Bloom, ALIA signe un premier long format singulier, nourri autant par l’héritage familial que par l’expérimentation sonore. Le thérémine, instrument souvent cantonné à l’étrange ou au spectaculaire, y devient une voix fragile et profondément humaine. Un disque contemplatif qui invite à réfléchir à la manière dont les musiques circulent, se transforment et racontent le monde…
Le thérémine quitte la science-fiction

Dans l’imaginaire collectif, le thérémine reste souvent associé aux bandes-son de films fantastiques ou aux expérimentations électroniques du siècle dernier. ALIA emprunte un autre chemin. Son instrument ne cherche pas à surprendre : il chante, il respire. Il se rapproche parfois d’une voix humaine suspendue entre présence et absence. Sur Where Echoes Bloom, cette approche donne naissance à des compositions aériennes où chaque note semble flotter quelques secondes de plus que prévu. Les nappes issues d’un Arturia MicroFreak et d’un Korg Minilogue renforcent cette sensation de dérive douce, comme si les morceaux évoluaient dans un espace sans gravité.
Des rives du Levant aux montagnes de Java
L’histoire d’ALIA irrigue discrètement l’ensemble du disque. Fille du percussionniste libanais Jamal Mohamed, elle a grandi au contact des musiques du Levant avant d’étudier les traditions arabes et la danse orientale. Ele découvre ensuite le kacapi, une cithare javanaise dont les sonorités délicates occupent une place centrale sur l’album. Cette rencontre entre le thérémine et le kacapi constitue l’une des grandes réussites du projet. Si les deux instruments semblent provenir d’univers incompatibles, ils dialoguent avec une étonnante évidence. Les cordes pincées du kacapi ancrent les compositions dans une matière organique tandis que le thérémine ouvre des perspectives plus abstraites.
« I wanted the album to have a diegetic quality (…) that feels unknown and slightly strange but at the same time warm and welcoming. » – ALIA
Cartographier un lieu qui n’existe pas
L’une des forces du disque réside dans son travail sur l’environnement sonore. ALIA a enregistré des oiseaux et des grenouilles dans les rizières balinaises, mais aussi des gouttes d’eau tombant dans sa baignoire. Ces sons se mêlent aux synthétiseurs et aux traitements électroniques. Le résultat évoque notamment un territoire mental, un endroit humide, chaleureux, parfois mystérieux. Les morceaux semblent habités par une présence diffuse. On pense autant à des explorations ambient qu’aux musiques de film qui privilégient l’évocation plutôt que la narration directe.
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Créer malgré les fractures du présent

Derrière l’apparente douceur de Where Echoes Bloom se cache une œuvre traversée par les événements contemporains. ALIA explique avoir composé cet album alors que son attention était constamment ramenée vers la guerre à Gaza et les souffrances qu’elle engendre. Cette dimension apparaît notamment dans plusieurs titres auxquels elle associe explicitement des hommages à des victimes ou à des figures liées au conflit. Avec Where Echoes Bloom, ALIA démontre que le thérémine peut encore surprendre lorsqu’il est sorti des clichés qui l’accompagnent depuis des décennies. À la croisée des traditions moyen-orientales, indonésiennes et électroniques, la musicienne de Los Angeles imagine un territoire sonore où les souvenirs, les paysages et les émotions flottent tels des mirages.


