La house music est née d’un brassage soul, disco, jazz, funk et gospel… autant de racines qui ont nourri Chicago avant que le mot « house » ne désigne un genre à part entière. Avec Love Jack, The Twilite Tone s’abreuve à cette source commune, et s’en éloigne sans jamais la renier. Plus qu’un hommage, ce 45 tours dessine une nouvelle ramification d’un arbre dont les racines ne cessent d’alimenter la création contemporaine
Le 45T Love / Jack n’interroge pas seulement l’histoire de la house. Il montre qu’une musique reste vivante lorsqu’elle accepte de muter sans rompre avec ce qui l’a fait naître. Anthony Khan, aka The Twilite Tone, ne revisite pas Chicago : il en prolonge l’essence, jusqu’à faire émerger une œuvre qui lui appartient pleinement. Une manière élégante de rappeler que les genres musicaux ne sont jamais des destinations, seulement des points de départ…
Quand la house cesse d’être un genre

Publié le 16 juillet 2026 par Star Creature, Love Jack prend la forme d’un discret 7 pouces promotionnel. Deux classiques de Chicago y sont revisités : Your Love de Frankie Knuckles & Jack Your Body de Steve « Silk » Hurley. Mais le projet ne consiste jamais à remettre ces morceaux au goût du jour, ni à produire un nouveau disque de house. The Twilite Tone fait exactement l’inverse : il retire au genre ses réflexes les plus identifiables, comme le tempo, la fonction club et les automatismes rythmiques pour retrouver ce qui l’a fait naître. Le résultat échappe rapidement aux catégories. On y reconnaît des traces de house, sans pouvoir pleinement parler de house. Cela ressemble à formule publicitaire des années 80 ? Détrompez-vous, ni référence marketing, ni slogan, seulement une formidable inspiration.
« House music is a feeling. »
– Chuck Roberts, My House (1987).
Une mémoire qui change de peau
Anthony Khan connaît cette histoire de l’intérieur. Depuis plusieurs décennies, il traverse sans distinction la house, le disco, le hip-hop, la soul, le jazz ou le R&B. Cette circulation permanente explique sans doute pourquoi Love Jack ne cherche jamais à figer un héritage. La house n’a évidemment pas disparu, elle a simplement changé de peau. Son empreinte demeure dans certains équilibres, dans une manière d’installer le groove ou de laisser respirer les harmonies. Sa musique n’emprunte pas qu’à Chicago, on perçoit aussi l’univers de certains travaux de Patrick Cowley. La musique de The Twilite Tone refuse l’imitation : elle préfère laisser les nombreuses influences circuler librement jusqu’à presque devenir méconnaissables.
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Une mutation plus qu’une relecture

Le label évoque des morceaux « libérés des contraintes du tempo et de l’attrait du club ». L’expression résume parfaitement l’intention. Ces deux compositions regardent davantage vers les racines culturelles de Chicago que vers son patrimoine musical. Elles rappellent que la house est d’abord née d’une manière de faire dialoguer plusieurs traditions plutôt que d’un stricte cahier des charges esthétique. À mesure que l’écoute progresse, la filiation devient presque anecdotique… Comme une bouture replantée, les racines demeurent, mais ce qui en surgit ne ressemble plus qu’à lui-même ; belle plante !


