Avec Wavepropagation, Grischa Lichtenberger construit onze morceaux à partir d’une contrainte : sortir les mélodies, les basses et les percussions d’un seul oscillateur. Paru chez raster, le disque explore la multiplicité des événements qu’un signal unique peut contenir
Un seul oscillateur comme matière première : sur Wavepropagation, Grischa Lichtenberger transforme une source unique pour faire émerger l’impression de plusieurs voix indépendantes, entre ambient et techno expérimentale…
Le point de départ de l’album Wavepropagation tient dans une unique règle de fabrication : construire des pièces entières en manipulant un seul oscillateur. Cette source doit ainsi remplir plusieurs rôles, de la mélodie à la percussion en passant par la basse. La contrainte invite notamment à travailler les transformations du signal pour différencier les éléments et leur donner une existence propre dans la composition.
Façonner les différences
Dans sa présentation du disque, Lichtenberger décrit plusieurs opérations : modifier la forme d’onde, introduire des attaques brèves, déplacer les harmoniques ou appliquer des variations rapides de hauteur dans les graves. Le signal passe de formes élémentaires, sinusoïdales ou triangulaires, à des états plus chaotiques, proches du bruit. Ces changements peuvent produire l’impression de sources distinctes, malgré leur origine commune. La complexité se construit donc dans les propriétés et les évolutions d’une même voix, et le titre Popcorn en est un bien bel exemple : ça ondule, ça sautille, ça éclate et ça croustille.
« À un instant : zéro. À l’instant suivant : quelque chose à nouveau. »
– Grischa Lichtenberger
Le Dnipro comme image
Une observation depuis le pont Darnytskyi, à Kyiv, accompagne cette recherche. À la surface du Dnipro, nageurs, bateaux et activités sur les rives laissent des traces qui se superposent. Lichtenberger rapproche cette scène d’une réflexion de Richard Feynman sur les vagues d’une piscine, porteuses d’informations sur ce qui en a perturbé la surface. Le rapprochement éclaire son projet sonore : plusieurs événements peuvent coexister dans une seule forme en mouvement. Le haut-parleur en offre une autre image, lui dont la membrane restitue des sons complexes par ses mouvements d’aller-retour.
Le titre renvoie aussi au phénomène d’interférence : deux ondes peuvent se compenser momentanément en un point, tandis que leur propagation se poursuit. Lichtenberger en tire une formule qui donne au projet une portée au-delà de sa méthode de synthèse : l’annulation est locale, le mouvement continue. L’idée s’inscrit dans les onze titres, dont les noms conservent des repères de travail et de versions, de osc 2 arg, une courte pièce ambient au parfum électroacoustique, aux huit minutes de 4 flr, un track de pure techno expérimentale
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