Simbad, son nouvel EP prône une révolution pacifique

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Simbad fait son retour chez Freerange records avec la sortie d’un EP lumineux : Peaceful Revolution. À cette occasion, l’artiste français revient sur la conception de ce disque et évoque la place de l’art dans la société

Pilier de la scène musicale underground au Royaume-Uni, les travaux du DJ producteur Simbad (aka SMBD) résonnent autour du globe. Inutile de chercher à le classer dans une catégorie, la démarche de l’artiste est davantage liée à l’âme sous toutes ses formes, et à un travail sur l’intemporalité de ses productions. Depuis le succès de son album Supersonic Revelation (2007), Simbad parcourt constamment les clubs des cinq continents pour divertir des clubbers avec ses DJ sets très énergiques. Dans la longue attente des réouvertures de lieux de fêtes, le français sort l’un des meilleurs EP de ce début d’année, Peaceful Revolution (Freerange records, 2021).

Questions / Réponses avec Simbad

À l’occasion de la sortie de Peaceful Revolution, Simbad a répondu à quelques questions concernant la conception de ce disque, mais aussi d’autres thématiques, comme la place de l’art dans la société.

Houz-Motik. On adore le premier titre de l’EP, Peaceful Revolution ! On est immédiatement saisi par cette magnifique profondeur d’âme. Pouvez-vous nous dire dans quel contexte vous l’avez créé, et comment se sont déroulées les sessions d’enregistrement ?
Simbad. Un jour, j’ai entendu Lwandile Zulu chanter dans une rue à Cape Town (Simbad vit en Afrique du Sud depuis 2019, NDLR), et je lui ai proposé d’enregistrer sur quelques morceaux, dont l’un des instrumentaux que j’ai fait avec un autre pote, Zito Mowa, jeune producteur de talent basé à Johannesburg. Avec les évènements liés à l’assassinat de George Floyd par un policier américain en juin dernier, le mouvement Black Lives Matter, et toute la rage et le choc que cela a provoqué autour du monde, c’était dans la logique des choses d’écrire à ce sujet et d’en faire un morceau… On est allé direct en studio avec cette idée en tête.

H.M. Dans More Songs About Food And Revolutionary Art (Planet E, 1997), Carl Craig termine son album avec le morceau Untitled, dont la voix robotisée dit : “La peinture sera répandue dans la couleur du sang, ce sang signifie les esprits qui se seront perdus dans la révolution, il ne s’agit pas d’une révolution contre les gouvernements, mais d’une révolution contre l’ignorance (Paint will be spilled with the color of blood, this blood signifies all the minds that will be lost in the revolution, this is not a revolution against government, this is a revolution against ignorance). Vous sentez-vous proche de cette déclaration ? Pensez-vous que l’Art contribue à l’épanouissement de la société ?
S. C’est évident que l’art est primordial sous toutes ses formes ! En ce moment, nous vivons un vrai cauchemar qui prive les gens de culture, de sorties, de musique célébrée en masse, de cinéma, de réjouissances sociales et autres aspects essentiels pour l’épanouissement de chacun, face aux actions gouvernementales (et mondiales) qui ne sont fondées que sur des organismes et des opinions scientifiques pas forcément abouties, ni prouvées… Diviser pour mieux régner… Quant à l’ignorance créée par la peur, un manque d’éducation et l’inconnu, c’est certes un fléau qui amène racisme, violence et autres comportements immatures, mais elle est aussi incarnée par ce système qui se dit libertaire et juste.

Les gouvernements de ce monde sont des corporations, vous naissez en tant que consommateur avec un numéro de compte en banque et donc c’est du business, vous faites partie de la roue infernale. Le premier principe de manipulation des masses est de créer une situation de chaos puis d’apporter la solution. Il suffit d’analyser les schémas des siècles derniers, et de notre histoire sur Terre. Maintenant avec l’intelligence artificielle et notre technologie, tout devient plus intransigeant, plus contrôlé, plus obligatoire et plus rigide. Nous subissons notre technocratie. Les guerres sont faites pour gagner de l’argent, de même que les situations de pandémies. Votre gouvernement veut-il votre bien dans tout ça ? Allons donc… C’est aussi de l’ignorance que de ne pas voir les illusions qui façonnent nos sociétés.

H.M. La House Music Soulful semble être très en vogue au Cap, est-ce la seule raison pour laquelle cette ville vous a adopté ? L’Europe ne vous manque pas ?
S. Premièrement la House music et la Deep House sont ancrées en Afrique du Sud depuis les années 90. Si l’on doit parler de vogue, c’est plutôt avec des styles de House récents, tels que l’Ammapiano ou le Gkom. Ici, les gens sortent (sortaient !!) pour écouter et danser sur du son du lundi au dimanche sans interruption. Partout.

Du Bubble Gum (funk/boogie des années 80) au Kwaito (mouvement de House aux BPM lents avec chanteurs et rappeurs, fin des années 90, début des années 2000), et tout autre style comme le Maskandi (Zulu) mélangeant traditionnel et électronique, il y a beaucoup de styles qui font partie de l’histoire intégrale de la House music dans cette région, mais, à l’inverse des mouvements américains et européens, ils n’ont pas eu cet impact international, principalement dû a l’Apartheid, les frontières sont restées fermées pendant des années, étouffant ainsi une culture musicale principalement noire.

Pour moi, c’est justement cette diversité ethnique et culturelle qui a façonné cette immense richesse musicale. Richesse que le monde entier ne semble découvrir que récemment. Par rapport à Cape Town, le fait d’être au bord de la mer et au pied des montagnes est pour moi un privilège de ouf, moi qui suis un grand voyageur, je retrouve des essences d’endroits que j’ai connus, un peu de Californie, de la Havane mais aussi de la Provence, et c’est ce qui me fascine. La diversité de la faune, de la flore et du climat est bonne pour mon moral 🙂

C.R. Comment accueillez-vous cette nouvelle année ? En tant que musicien, quelles sont vos bonnes résolutions et vos rêves à accomplir ?
S. Moi, je vis au jour le jour. Depuis toujours en fait. Si j’arrive à survivre en faisant ce que j’aime alors je suis plus qu’heureux. Je reste positif malgré tout, et j’essaye de me nourrir sainement. Bien sûr, il y a plein de projets qui doivent sortir et d’autres que je dois terminer, mais ça, c’est comme d’habitude… Donc, advienne que pourra.

C.R. Pouvez-vous vous poser une question, et y répondre?
S. Pourquoi faire ces interviews que quelques lecteurs vont lire sur leur smartphone ?
– Ah, dis donc, t’exagères… Déjà, ne sois pas insolent, car justement, parfois cela peut inspirer et informer quelqu’un, donc c’est du positif. Et puis tu n’as qu’à faire de la pop pour toucher plus d audience ! Pfff pour qui il se prend lui…

Simbad, DJ producteur

Remixeur prolifique, producteur polyvalent et DJ international, le CV de Simbad est particulièrement riche, ses collaborations parlent d’elles-mêmes : Seun Kuti, Seu Jorge, Kai Alce, Dubstep don Mala (DMZ), Roots Manuva, Dayme Arocena, Fred P ou encore Gilles Peterson, qui en a fait l’un des résidents de ses festivals. Avec avoir produit pour des labels comme Local Talk, Apron, G.A.M.M. Visages, Hyperdub, Atjazz, BBE et Brownswood, Simbad continue son bonhomme de chemin…

Désormais basé à Cape Town, le producteur et DJ londonien français sort son nouvel EP chez Freerange records, dont le titre éponyme, Peaceful Revolution, est l’un de ces morceaux de House qui s’affranchit des frontières et qui devrait avoir une longue vie. Enregistré avec le producteur sud-africain Zito Mowa et le chanteur Lwandile Zulu à la suite des événements troublés des derniers mois (Black Lives Matter), le remix SMBD Shaolin Dub mérite que l’on s’y attarde, il explore les espaces du spectre audio, où grondements sub-soniques flirtent avec les chuchotements, un délice. Le titre phare est suivit de l’imparable Let Go, qui n’attend plus qu’une chose, un sound système digne de ce nom. En clôture du EP, Soulful Jam groove paisiblement sous une pluie scintillante de synthés analogiques…

La House de Simbad est touchante, de par les émotions qu’elle provoque, mais aussi par la qualité soignée de sa production, et l’on aimerait tant être sur le dancefloor !

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