Dix ans après Thirty, Irezumi revient avec Downfall, un disque où l’effondrement prend une autre forme : non plus le deuil, mais la fragmentation intérieure. Conçu comme la bande-son d’un film imaginaire, l’album suit une figure qui disparaît du monde pour tenter de se reconstruire ailleurs. Dans les failles qu’il dévoile, quelque chose persiste : une volonté fragile, mais déterminée, de revenir à soi
Downfall explore la surcharge psychique, l’envie de fuir, l’absence de place dans le monde social. Chaque support, CD, vinyle, digital, devient un éclat narratif, un point de vue différent sur la chute et la guérison. Un disque ambient signé Irezumi, pensé comme un récit intérieur, où fiction et vécu se mêlent pour mieux cartographier la crise…
Effondrement, vertige intérieur

Irezumi ne revient pas, il plonge. Le point de départ ne tient pas du concept, mais d’un basculement intime : l’effritement progressif, la sensation d’être écrasé par une pression diffuse. Dans Downfall, un personnage quitte tout en une nuit, une disparition volontaire, presque silencieuse. Ce geste, loin d’un spectaculaire romanesque, condense l’impulsion profonde du disque, fuir pour survivre. Ici, les mots glissent au plus près de cette zone trouble où la conscience vacille, où l’on cherche un dehors pour respirer. Fiction comme refuge, abîme comme miroir. L’album se déroule comme une bande originale d’un film intérieur. La fiction n’est pas un écran, elle sert à tenir la distance avec quelque chose de trop lourd. Une manière de plonger dans l’abîme sans s’y dissoudre. Dans cet espace narratif, les morceaux deviennent autant de scènes, de couloirs mentaux, de passages creusés par l’urgence. L’imaginaire agit comme seuil, il protège, il ouvre, il guide. Et derrière cette mise en scène, on devine la nécessité d’approcher une vérité vécue, mais tenue à distance pour rester vivable.
« With a different approach than previous albums, these tracks reflect the fractures of a mind in crisis. » — Manuel-M / Irezumi
Trois supports, trois éclats

Le choix de multiplier les formats n’a rien d’un geste technique. Le CD, le vinyle, le digital, chacun abrite un fragment différent de l’histoire. Une brisure, une variation, une manière de dire la même chute autrement. Ce morcellement ne cherche pas l’effet, il reflète la confusion profonde qui irrigue le projet. L’écoute ne suit pas une seule trajectoire, elle se diffracte, elle s’éparpille, elle invite à revisiter l’album sous plusieurs angles. Une manière d’entendre le chaos sans le simplifier. Après la chute, guérir, même lentement. Au fil du disque, quelque chose se relève pourtant. Pas un sursaut héroïque, plutôt une tentative. Une reconstruction par fragments, un geste patient et nécessaire. Downfall ne cherche pas la lumière, il cherche un passage.
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L’album n’offre pas de résolution, mais une direction, comprendre ce qui s’est fissuré pour avancer malgré tout. S’y dessine un mouvement ténu, presque fragile, mais qui persiste. Une guérison qui n’efface rien, qui accepte les cicatrices comme coordonnées nouvelles. Dans les interstices que Downfall expose sans les refermer, une possibilité demeure : celle d’une marche lente, hésitante, mais résolue vers une forme d’apaisement, un mouvement qui, même fragile, trace déjà une sortie.
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