Avec Equinox III, Multi Culti poursuit sa série saisonnière comme on ajuste une boussole : légèrement, sans bruit, mais avec une direction nette. Sept producteurs, plusieurs géographies, et une même idée en creux, faire circuler les sons plutôt que les figer
Troisième volet d’un cycle discret mais cohérent, Equinox III assemble des trajectoires plus qu’il ne juxtapose des tracks. La compilation de Multi Culti ne cherche ni l’unité forcée ni la démonstration. Elle préfère les écarts, les frottements, les zones intermédiaires. Un disque qui tient moins du catalogue que du déplacement, et qui, à terme, pourrait dessiner une archive sensible de ce que devient le club hors des centres dominants…
Une boussole plutôt qu’un manifeste
Thomas Von Party DR
Multi Culti avance sans slogan. Depuis ses débuts, le label dirigé par Thomas Von Party travaille une matière mouvante, une électronique poreuse, traversée de cultures, de climats, d’accents. Equinox III ne déroge pas. Il ne cherche pas à imposer une ligne claire. Il préfère suggérer un équilibre, entre tension et relâchement, entre danse et suspension. Une musique qui se déplace plus qu’elle ne s’installe.
Le banger retenu comme point d’entrée, dès l’ouverture, Bofo Dab et Francisco Garcia posent un repère. Super Extra Fly fonctionne comme un appel d’air. Cuivres chargés, structure large, mais sans lourdeur. Le morceau circule déjà, porté par des sets exposés, attendu, identifié tardivement. Il capte quelque chose de l’époque : un besoin d’efficacité, mais sans saturation. Une montée maîtrisée, presque contenue.
“Music that had culture and colour to it.” – Thomas Von Party
Une compilation qui respire par ses écarts
La suite évite l’alignement. Mehmet Aslan resserre, plonge vers une introspection plus club. Puis Gilb’R ouvre l’espace, laisse filer une jam synthétique, presque fragile dans sa brillance. Sur l’autre face, le disque se déplie autrement, Mytron joue la reprise en version dégraissée, Niev injecte un groove joueur, Yuki Miyauchi glisse une nappe bleep aux contours 90s, DJ Himitsu conclut avec un mouvement deep, roulant, sans emphase. Rien ne domine, tout circule.
Cartographie en mouvement : le cœur du disque est là. Dans cette capacité à relier Guadalajara, São Paulo, Tokyo, Londres, Paris, sans en faire un argument. Equinox III agit comme une carte souple, sans centre fixe. Ce n’est pas une compilation qui cherche le tube, ni même la cohérence parfaite. C’est un objet de passage. Une manière de maintenir une tension entre scènes, esthétiques, usages du club. Sans forcer le trait, Equinox III rappelle qu’une compilation peut encore être un espace vivant, un lieu où les sons se croisent, se déplacent, et laissent entrevoir d’autres trajectoires possibles.