Recueil de musiques conçues pour le cinéma et les formats courts, Incidental Scenes assemble des fragments pensés pour l’image mais capables de tenir seuls. Kaazi y déplace la fonction même de la bande-son, moins illustrative que sensorielle, plus poreuse que narrative ; un espace autonome où le son continue de vivre, même sans écran
Incidental Scenes ne documente pas des images. Il les prolonge, les détourne, parfois les dissout. Avec ce premier recueil de compositions pour le cinéma et les formats courts, Kaazi, alias Izak Jerasimo, ne livre pas une simple archive fonctionnelle. Il compose un territoire ambient à part, où chaque pièce tente d’exister hors du cadre qui l’a vue naître…
Fragments qui respirent encore

Réunies à partir de films consacrés à des figures comme Arahmaiani, Futura 2000 ou Natasha Tontey, ces musiques auraient pu rester assignées à leur rôle d’accompagnement. Elles font l’inverse. Percussions sourdes, nappes subaquatiques, silences tendus : chaque mouvement conserve une autonomie fragile, presque instable. On avance dans un ensemble qui ne cherche jamais à remplir, mais à laisser circuler. À créer des zones plutôt que des scènes.
Le son comme matière mouvante ? Kaazi travaille comme un sculpteur de flux. Voix, synthèse, cordes, métallophones, enregistrements de terrain : rien n’est hiérarchisé. Tout se touche, se transforme, se contamine. Ce qui frappe, c’est moins la palette que la manière dont elle reste poreuse. Le rythme n’impose rien, il affleure. Les textures vibrent plus qu’elles ne s’imposent. On est du côté de la sensation avant la structure.
« I made everything you hear on this recording in a zone where I forgot myself and the expectations placed on me » – Kaazi
Entre deux mondes, sans point fixe
Enregistré entre New York et l’Indonésie, le disque porte cette circulation sans jamais la rendre illustrative. Les pièces liées à After The Flags ou Beyond Dualism laissent entrevoir des tensions, politiques, spirituelles, esthétiques, sans les figer. Le titre lui-même dit l’essentiel : des scènes incidentes, périphériques, presque secondaires. Mais c’est précisément là que tout se joue.
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Une musique traversée, pas démonstrative. En filigrane, une période personnelle marquée par la perte, dont celle d’Ariel Kalma. Rien n’est appuyé. Rien n’est expliqué. Mais quelque chose insiste, une manière de suspendre le temps, de laisser les sons s’éroder lentement, comme s’ils portaient encore une trace. Incidental Scenes ne dramatise pas. Il absorbe. Un disque discret, mais solide. Il ne cherche pas à s’imposer. Il s’installe ailleurs, là où l’écoute demande un peu plus d’attention, et rend, en retour, quelque chose de plus durable.



